Equipe de recherche  Axe 2 – HISTOIRE, TRADITIONS, MEMOIRE

L’ axe 2 – Histoire, traditions, mémoire recouvre six programmes distincts :

  • Jérusalem, Histoire d’une ville-monde
  • Congrès des Médiévistes
  • Contribution à l’Histoire des sociétés juives modernes
  • Structuration sociale et attendus politiques de l’invention d’un champ scientifique : le développement de l’archéologie au Levant au cours du XXe siècle.
  • Atlas géographique des alyot
  • La question de l’Etat et de la souveraineté dans la pensée politique du judaïsme

 

  • Jérusalem, Histoire d’une ville-monde

C’est sous ce titre que, l’an dernier, est paru aux éditions Flammarion un ouvrage sous la direction de V. Lemire, dont le précédent rapport avait déjà eu l’occasion d’insister sur l’importance, ce texte contribuant en effet à une profonde réécriture de l’histoire de Jérusalem et constituant un événement à la fois éditorial et scientifique. Articulé au travail mené dans le cadre de l’ERC « Open Jerusalem » mais conçu de façon chronologiquement beaucoup plus large, cet ouvrage, rédigé de concert par K. Berthelot pour la partie antique, J. Loiseau et Y. Potin pour le moyen âge et V. Lemire pour l’époque moderne et contemporaine, n’est pas une narration chronologique mais plutôt une succession de séquences historiques. Cette synthèse, nourrie des apports récents de l’archéologie et des débats historiographiques en cours, est à la fois inédite, exigeante et destinée à un lectorat étendu. Objet des récits segmentés des trois monothéismes, lesquels encapsulent les acteurs dans leurs identités religieuses, Jérusalem est en réalité une ville dont l’histoire n’a pas été écrite. Cet ouvrage qui met l’accent sur les porosités, les interactions, est ainsi comme une annonce d’une histoire encore à venir, une histoire, locale, urbaine, sociale, désenclavée et connectée. Il vient d’être récemment consacré par le prix 2017 de la Fondation Pierre-Lafue et plusieurs traductions sont en cours de parution.

 

  •  Congrès des Médiévistes

A l’initiative de J. Loiseau, le CRFJ a accueilli en 2017 le Congrès annuel de la Société des Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public, réunissant pour la première fois dans cette partie du monde historiens, archéologues, historiens de l’art. Durant trois jours 80 spécialistes européens et extra-européens, issus de 25 universités françaises, de l’Université hébraïque de Jérusalem et de l’Université palestinienne Al-Quds ont débattu d’un thème central, “Les vivants et les morts dans les sociétés médiévales”, transportant leurs débats de l’université hébraïque au couvent arménien puis à l’université Al-Quds. Cet événement mérite d’être mis en exergue car il illustre tout d’abord le développement exceptionnel des études médiévales au CRFJ, qu’elles concernent les traditions juives, islamiques ou chrétiennes, et ensuite parce qu’il représente à n’en point douter un exploit logistique, géopolitique et scientifique.

 

  • Contribution à l’Histoire des sociétés juives modernes 

Cette thématique, actuellement porté par E. Oliel-Grausz, rassemble des recherches qui se sont déployées dans deux directions principales : 1) la continuation du travail de recherche et d’écriture d’E. Oliel-Grausz sur la résolution de conflits dans le monde juif, avec le début d’une nouvelle enquête sur les responsa et la culture juridique des rabbins au 18e siècle ; 2) l’organisation au nom de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (Ecole normale supérieure-Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, avec le soutien du Laboratoire Identités Cultures Territoires, Université Paris Diderot) d’une université d’été « Nouveaux regards sur l’histoire économique des juifs à l’époque moderne : sources , historiographie, enjeux » qui s’est tenue au CRFJ  du 9 au 14 juillet 2017. Cette école d’été a réuni des étudiants venant d’horizons divers (Europe, Etats Unis, Israel) et des intervenants essentiellement d’universités françaises et israéliennes.

 

  • Structuration sociale et attendus politique de l’invention d’un champ scientifique : le développement de l’archéologie au Levant au cours du XXe siècle

Chloé Rosner (doctorante Sciences-Po Paris, associée au CRFJ) interroge pour sa part “L’histoire sociale de l’archéologie juive et israélienne à Jérusalem entre 1913 et 1967”, et consacre sa recherche doctorale à l’histoire de la discipline archéologique pratiquée au sein d’institutions dites juives, hébraïques puis israéliennes localisées à Jérusalem, de la fin de l’Empire Ottoman jusqu’à la guerre des Six jours de 1967. Cette approche s’accompagne d’une analyse des différentes dimensions, en analysant les rôles et usages socio-politiques de la discipline archéologique à travers une étude approfondie de ses acteurs, afin de contribuer à une histoire de l’archéologie en lien avec la construction et le développement d’une identité juive, sioniste puis israélienne à Jérusalem. En 2017, Ch. Rosner a poursuivi le dépouillement et l’étude des fonds d’archives de la “Société d’exploration juive/hébraïque d’Eretz Israël”, aujourd’hui appelée “Société d’exploration israélienne” (IES). Elle est étroitement associée à l’élaboration d’un atelier réflexif intitulé « L’archéologie levantine et ses archives : un objet d’histoire contemporaine » (cf. F1).

 

  • Atlas géographique et social des alyot

D’abord centré sur l’immigration des juifs marocains, le travail de Y. Scioldo-Zürcher s’est progressivement commué en un Atlas géographique et social des alyot dans leur ensemble. La nouveauté de l’approche réside à la fois dans l’objet et dans la méthode.  Pour ce qui est de l’objet, il s’intéresse aux migrations de retour, souvent ignorées ; quant à la nouveauté de la méthode, elle réside dans le choix de construire une vaste base de données riche de 17000 items, ce qui permet d’étudier les trajectoires, initiales et subséquentes à l’immigration. L’analyse de ces parcours de migrants met en lumière la multiplicité des facteurs expliquant ces derniers, au-delà même des politiques directives de l’Agence juive et des organes étatiques. Dépassant l’approche démographique, il révèle les enjeux idéologiques, politiques, symboliques qui sous-tendent l’encadrement et l’organisation de ces alyot au sein du jeune Etat. Cette enquête se donne pour objectif la réalisation d’un atlas géographique et social des alyot.

 

  • La question de l’État et de la souveraineté dans la pensée politique du judaïsme

Le moment fondateur de la création de l’État d’Israël a été envisagé par D. Trom dans le cadre d’un programme de recherche situé au croisement de la sociologie et de la théorie de l’Etat. L’État d’Israël, dans ses années de formation, offre un cas particulièrement intéressant à étudier car il hérite de manière paradoxale de la forme État-nation, produit de la modernité politique européenne : il s’édifie sur ce modèle d’une part, mais d’autre part nourrit à son égard un rapport critique puisque le sionisme politique procède du bilan de ses échecs. L’indice le plus patent en est l’absence de réflexion sur l’État au sein du mouvement sioniste et l’impréparation du Yishouv dans la conjoncture historique qui conduisit à sa création. De ce rapport ambigu, contrarié à la souveraineté, découle une série de conséquences, qui ont marqué profondément la forme singulière prise par l’État d’Israël, laquelle échappe aux typologies classiques de la science politique : le processus de rédaction de la déclaration d’indépendance ; la décision d’ajournement de la rédaction d’une constitution ; la prorogation régulière de l’état d’urgence ; la non-congruence entre citoyenneté et nationalité ; la dynamique de la loi dite du retour. Plusieurs traits peuvent être associés à phénomènes qui impriment la forme politique encore actuelle de cet État : informalité, urgence, indétermination, abstention. L’étude vise, à partir de ces caractéristiques atypiques, qui font signe vers l’impossibilité de clôturer le projet stato-national, à faire retour sur la forme standard européenne de l’État-nation pour mieux en faire ressortir les traits et les ressaisir dans leurs trajectoires singulières. Cette recherche nourrit la parution d’un prochain ouvrage intitulé Persévérance du fait juif : esquisse d’une théorie politique de la survie (éditions de l’EHESS).