AIN MALLAHA (EYNAN)

Le site natoufien de Ain Mallaha (Eynan) est connu depuis 1955. Après plusieurs épisodes de fouilles (1955-1956, 1959-1961, 1971-1976) sous la responsabilité de Jean Perrot il a fait l’objet de nouvelles recherches de terrain entre 1996 et 2005 sous la direction de F.R. Valla (UMR 7041 du CNR) et H. Khalaily (Israel Antiquities Authority). L’objectif principal consistait à identifier des sols d’habitat et à les exposer en adaptant la méthode de décapage mise au point en France par André Leroi-Gourhan dans le but de mieux comprendre les modes de vie des « premiers sédentaires » (ca. 15.500-11.500 BP). Cependant, il était entendu que champ des investigations devait rester ouvert à toutes les interrogations auxquelles la conservation remarquable du site et les conditions de gisement pouvaient apporter des éclaircissements.

Jusque là, le dernier épisode connu du Natoufien, dit Natoufien final, n’avait livré sur le site qu’un cailloutis dense épais d’environ 0,50m associé à un matériel archéologique varié et très abondant et dans lequel des sépultures se trouvaient prises. Contrairement aux niveaux précédents les architectures qui avaient fait la renommée du site semblaient y manquer. Ce fut donc une surprise d’y découvrir des constructions dont certaines pouvaient passer pour des habitations. Le premier résultat des nouvelles fouilles fut donc de remettre en question l’interprétation selon laquelle le dernier épisode du Natoufien correspondait à Ain Mallaha à l’abandon de la sédentarité pour un retour à un mode d’existence relativement mobile. Du même coup, la possibilité de découvrir des sols d’habitat dès ce niveau, au moins dans les constructions, prenait consistance.

Vingt ans après le début des fouilles l’exploitation des données recueillies se poursuit. Elle est menée par une équipe de chercheurs surtout Israéliens et Français mais aussi Espagnols et Américains. Elle vise à reconstituer ce qui peut l’être des comportements des Natoufiens, d’une part à travers l’étude conjointe des sols et des sépultures dans les relations qu’ils entretiennent, d’autre part à travers l’étude technologique des différentes matières travaillées (silex, os, basalte, coquille, etc.), enfin à travers l’analyse des témoins végétaux et surtout des restes d’animaux dont certains ont été directement introduits par l’homme et d’autres ont réagi à sa présence, soit attractive, soit répulsive. Elle vise aussi à reconstituer l’environnement qu’ont connu les Natoufiens dans le bassin du lac Houleh à la fin du Pléistocène. De ce point de vue Ain Mallaha constitue un relai précieux. Il s’inscrit dans une très longue séquence connue il y a 780.000 ans à Gesher Babat Yaakov (fouilles N. Goren-Inbar) puis à Nahal Mahanaim Outlet il y a 65.000 ans (fouilles G. Sharon), ensuite durant l’Épipaléolithique moyen à Jordan River Dureijat vers 17.500-15.500 BP (fouilles O. Marder et G. Sharon) et enfin par les observations subactuelles et modernes. L’étude de cette séquence extraordinairement bien documentée grâce à une préservation généralement excellente semble devoir révéler une stabilité environnementale dont les conséquences théoriques restent à mesurer.

Au-delà des résultats perceptibles immédiatement sur le terrain les recherches menées à Ain Mallaha depuis 1996 prennent tout leur sens aujourd’hui avec l’exploitation minutieuse du matériel archéologique recueilli. Le fait qu’elles s’insèrent dans un ensemble d’études conduites indépendamment par d’autres équipes et dans une problématique qu’elles contribuent à nourrir et qui dépasse le champ qu’on s’était initialement proposé leur confère un surcroît inattendu de signification.

Participants :

  1. BAR-YOSEF MAYER, PhD, malacologie, Université de Tel Aviv
  2. BELFER-COHEN, Professeur, Art, Université Hébraïque de Jérusalem
  3. BITON, Doctorante, zooarchéologie, herpétofaune, Université Hébraïque de Jérusalem
  4. BOCQUENTIN, PhD, anthropologie, archéologie funéraire, CNRS, UMR 7041, Nanterre
  5. BORVON, Ichthyofaune, CNRS, UMR 7041, Nanterre
  6. BRIDAULT, PhD, zooarchéologie, mammifères, CNRS, UMR 7041, Nanterre
  7. DAVIN, Doctorant, parure, Université de Paris I
  8. DUBREUIL, PhD, Assistant professor, matériel de broyage, etc., Trent University (Canada)
  9. GOREN, Professeur, Géologie, Université de Beershéva
  10. GUÉRET, PhD, Technologue, travail du silex, CNRS, UMR 7041, Nanterre
  11. KHALAILY, Israel Antiquities Authority
  12. RABINOVICH, PhD, zooarchéologie, mammifères, Université Hébraïque de Jérusalem
  13. SAMUELIAN, PhD, architecture, INRAP. Paris.
  14. SIMMONS, PhD, zooarchéologie, avifaune, Virginia Commonwealth University, Richmond

J-M. TEJERO, PhD, travail de l’os, CNRS, UMR 7041, Nanterre.

  1. VALENTIN, Professeur, industrie du silex, Université de Paris I

F.R. VALLA, CNRS, UMR 7041, Nanterre

  1. WEISSBROD, PhD, microfaune, Université de Haifa

Publications :

Quatre Rapports préliminaires ont été publiés dans le Journal of the Israel Prehistoric Society : 1998 ( vol. 28), 2001 (vol. 31), 2004 (vol. 34) et 2007 (vol. 37).

Ashkenazi, S. (2013) Reconstruction of the ecosystem of the Final Natufian site of Ain Mallaha (Eynan). In Natufian foragers in the Levant, eds. O. Bar-Yosef and F.R. Valla. Ann Arbor. International Monographs in Prehistory, pp. 312-318.

Biton R., Boistel R., Rabinovich R., Gafny S., Brumfeld V., Bailon S. (2016) Osteological Observations on the Alytid Anura Latonia nigriventer with Comments on Functional Morphology, Biogeography and Evolution History. Journal of Morphology 277: 1131-1145.

Bocquentin, F. (2003) Pratiques funéraires, paramètres biologiques et identités culturelles au Natoufien : une analyse archéo-anthropologique. Thèse. Université Bordeaux 1.

Bocquentin, F., Cabellos, T., Samuelian, N. (2013) Graves in context: Field Anthropology and the Investigation of Interstratified Floors and Burials. In Natufian foragers in the Levant, eds. O. Bar-Yosef and F.R. Valla. Ann Arbor. International Monographs in Prehistory, pp. 185-192.

Bridault, A., Rabinovich, R., Simmons, T. (2008) Human activities, site location and taphonomic process: a relevant combination for understanding the fauna of Eynan (Ain Mallaha), level IB (Final Natufian), Israel. Archaeology of the Near East VIII. TMO 49, Maison de l’Orient et de la Mediterranée. Lyon, pp. 99-117.

Dubreuil, L. (2004) Long-term trends in Natufian subsistence: a use-wear analysis of ground stone tools. Journal of Archaeological Science 31: 1613-1629.

Le Dosseur, G., Maréchal, C. (2013) Bone ornemental elements and decorated objects of the Natufian from Mallaha. In Natufian foragers in the Levant, eds. O. Bar-Yosef and F.R. Valla. Ann Arbor. International Monographs in Prehistory, pp. 293-311.

Samuelian N, Khalaily H., Valla F.R. (2006) Final Natufian Architecture at Eynan: approaching diversity behind uniformity. In E.Banning and M.Chazan (eds.) Domesticating Space. Construction, Community and Cosmology in the Late Prehistoric Near-East. Actes. Studies in Early Near Eastern Production, Subsistence, and Environment 12, pp.35-41).

Samuelian, N. (2012) Les chasseurs et cueilleurs du Natoufien final d’Ain Mallaha (Eynan), Israël : la structuration spatiale et fonctionnelle de leur habitat. Thèse. Université Paris 1. (À paraître : MTJ 11)

Valentin, B., Valla, F.R. and Plisson H. (2013) Flint knapping and its objectives in the Early Natufian: The example of Eynan-Ain Mallaha (Israel). In Natufian foragers in the Levant, eds. O. Bar-Yosef and F.R. Valla. Ann Arbor. International Monographs in Prehistory, pp. 203-226.

Weissbrod L., Marshall F.B., Valla F.R., Khalaily H., Bar-Oz G., Auffray J-C., Vigne J-D., Cucchi T. (2017). Origins of House mice in ecological niches created by settled hunter-gatherers in the Levant 15.000 years ago. Proceedings of the National Academy of Science U S A 114(16): 4099-4104.