Dalia ABU SBITAN

Littérature comparée de la folie et de la violence
 
Dalia Abu Sbitan est chercheuse en littérature comparée contemporaine. Docteure en littérature comparée de l’Université Sorbonne Nouvelle, elle a enseigné les littératures et théories postcoloniales à l’Université Sorbonne Nouvelle, ainsi que l’anglais des affaires à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux ont été publiés dans des revues et ouvrages collectifs consacrés à la littérature contemporaine et aux représentations de la folie. Elle a coécrit un chapitre dans l’ouvrage collectif The Bloomsbury Handbook to J.M. Coetzee, issu de travaux antérieurs consacrés à l’œuvre de J.M. Coetzee. Elle mène actuellement un projet de recherche postdoctorale MESR-CNRS consacré aux rapports entre folie et violence dans les littératures contemporaines, en particulier dans les corpus hébraïque et arabe, qu’elle met en dialogue avec les traditions critiques et littéraires francophones et anglophones. Ses travaux portent sur la manière dont la littérature contemporaine s’approprie et reconfigure le langage psychiatrique pour mettre en récit l’expérience de la souffrance psychique, en explorant les thèmes, formes narratives et dispositifs littéraires à travers lesquels celle-ci est aujourd’hui écrite. Dans le cadre de ce post-doctorat, elle est rattachée au laboratoire THALIM (UMR 7172), Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (XXe–XXIe siècles), et au CRFJ.

Baudouin DUPRET

Politiste, praxéologie du droit au Proche-Orient et dans les mondes musulmans

Diplômé en droit, islamologie et science politique, Baudouin Dupret est directeur de recherche (DR1) au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en poste dans le laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM) de Science Po Bordeaux jusqu’à son affectation au CRFJ. Il est également professeur invité à l’Université catholique de Louvain. Il a coédité plusieurs ouvrages, dont Law At Work (Oxford University Press, 2015), State Law and Legal Positivism (Brill, 2021) et Droits et sociétés du Maghreb et d’ailleurs (Karthala, 2023). Il est l’auteur ou coauteur de plusieurs livres, dont Le Jugement en action (Droz, 2006 ; traduit en anglais), Practices of Truth (Benjamins, 2011), La Charia (La Découverte, 2014 ; traduit en castillan, anglais et arabe) et Positive Law from the Muslim World (Cambridge U.P., 2021).

Ses travaux s’inscrivent dans une démarche anthropologique sur le droit et les normes, et portent principalement sur les sociétés musulmanes d’Afrique et d’Asie. Au fil de son parcours, s’est dessinée une réflexion dans laquelle le droit, dans sa complexité contextuelle, s’impose comme un objet d’étude inséparable des contextes institutionnels, professionnels et sociaux dans lequel il s’inscrit, ainsi que des pratiques par lesquelles le travail juridique s’accomplit (une approche dès lors « praxéologique »). Alors que les études juridiques sont marquées par une tendance formaliste et dogmatique, son regard sur le droit s’est efforcé de plonger dans ce que Bruno Latour a appelé « la fabrique du droit », sur des terrains menés, entre autres, en Égypte, en Syrie et au Maroc. Cette immersion dans le droit en action trouve un prolongement dans le projet JORDIN (Agence nationale de la recherche), qui s’attelle à la compréhension de la justice ordinaire dans un contexte extraordinaire : Jérusalem. Ville où s’entrecroisent histoires, droits et juridictions, Jérusalem incarne une mosaïque juridique où coexistent et s’affrontent diverses traditions normatives. L’étude vise ainsi à cartographier cet enchevêtrement juridique, à en retracer les origines et à en examiner les implications pratiques, notamment dans les domaines du droit du statut personnel et du droit foncier. Le projet porte sur une réalité où la fragmentation juridique peut être érigée en instrument de pouvoir. Loin d’être un simple héritage du passé, elle est alimentée par des politiques contemporaines d’expropriation et d’accaparement. La diversité des régimes fonciers devient le terrain d’une reconfiguration démographique et territoriale, tandis que la pluralité des tribunaux religieux renforce une logique d’appartenance communautaire relativement rigide.

À travers son approche praxéologique, combinant ethnographie et analyse historique, Baudouin Dupret entend éclairer les tensions entre droit positif et pratiques locales, entre normes imposées et arrangements quotidiens. Dans cet espace où le multiculturalisme juridique masque parfois des formes d’inégalité structurelle, il s’agit moins d’énoncer des principes abstraits que de saisir, au plus près des acteurs, comment le droit est vécu et pratiqué, et donc parfois contourné ou instrumentalisé.

Evelyne OLIEL-GRAUSZ

Historienne moderniste

Evelyne Oliel-Grausz, actuellement en délégation au CRFJ, est Professeure d’histoire moderne à l’université Paris-Cité depuis 2023 (UFR GHES – laboratoire ECHELLES-UMR 8264). Auparavant maîtresse de conférences à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, elle a œuvré à inscrire l’enseignement de l’histoire des juifs au cœur des programmes universitaires dès le premier cycle, et dirigé le DUEJ. Spécialiste des sociétés juives modernes, elle associe un profil d’historienne à la française, à une formation en droit juif et en langues européennes et sémitiques. Elle a été invitée comme fellow au Herbert Katz Center for Advanced Judaic Studies à Philadelphie et à l’Israel Institute of Advanced Studies au sein de programmes centré sur les cultures juridiques des juifs.

Ses recherches et publications s’articulent autour de trois axes majeurs, à la confluence de l’histoire socio-religieuse, de l’anthropologie du droit, et des études juives: le premier est une histoire de la communication dans le monde juif moderne à partir de l’histoire des mobilités, réseaux, circulations matérielles, humaines et immatérielles, solidarités juives de la seconde modernité (voir par exemple « Communautés et confréries juives en Méditerranée : solidarités locales et supra-locales », in Communautés et mobilités en Méditerranée : de la fin du XVe au milieu du XVIIIe siècle, J. Alazard et al., Paris, Bréal, 2023, p.109-132, ou « David Aboab, ou l’itinéraire frustré d’un converti juif au XVIIIe siècle, entre lacunes et certitudes», Revue de l’Histoire des Religions, 234, 2017-1, p.89-118). Le second est une histoire économique des juifs et des cultures mercantiles juives revisitée, à la fois par l’usage de corpus inédits, correspondances marchandes, sources de la pratique, archives judiciaires et par la désignation de nouveaux objets, telle l’approche économique de l’institution communautaire juive moderne, la kehillah (avec L. Perez elle a dirigé le projet de recherches Jewish Business Records soutenu par la Rothschild Foundation Europe, et voir aussi la livraison double spéciale d’Archives Juives, 47, 2014, consacrée aux juifs et à l’économie). Enfin, depuis quelques années, elle aborde les sociétés et communautés juives modernes au travers des usages, pratiques et savoirs du droit et de la justice, en exhumant des corpus inédits sur la résolution des litiges en monde juif : elle a ainsi mis en lumière l’importance des fora infrajudiciaires/ judiciaires des communautés, et leurs liens avec les tribunaux rabbiniques locaux, permanents ou ad hoc (par ex. « Dispute Resolution and Kahal Kadosh Talmud Torah : Community Forum and Legal Acculturation in 18th Century Amsterdam », in Religious Changes and Cultural Transformations in the Early Modern Sephardic Communities, Y. Kaplan ed., Leyde, Brill, 2019, p. 228-257). Elle achève actuellement un ouvrage sur Livourne où les juifs disposent d’une magistrature déléguée dotée de pouvoirs d’exécution, terrain idoine pour étudier les déclinaisons d’un pluralisme juridique en action, par l’exploitation des immenses archives inédites de ce tribunal et par l’étude de la circulation des causes entre ce dernier et les autres tribunaux toscans. Elle a montré, dans un article récent, la dimension méditerranéenne de cette juridiction juive livournaise (« Jewish Disputes, Mobility and Legal Resources in XVIIIth Century Livorno: The Court of the Massari as a Mediterranean Forum », Rassegna Mensile di Israel, 2024, 90 (1-2-3), p. 15-44). Elle a également contribué à l’Histoire juive de la France (Sylvie-Anne Goldberg dir., Paris, Albin Michel, 2023).

Ces trois directions majeures ont en commun une réflexion sur l’espace, la mobilité et le rôle de l’institution communautaire, idiosyncratique des temps modernes. Le second point commun de ces domaines de recherche est le choix d’une approche comparative et plurifocale : évidente pour l’histoire de la communication dans le mode juif moderne, cette dimension est demeurée centrale dans l’étude du droit, des usages du droit et des formes de pluralisme juridique, au sein de contextes juridiques juifs distincts en Europe et dans les possessions impériales permettant de dessiner un gradient des formes d’« autonomie ».

Lien vers ses publications: https://u-paris.academia.edu/EvelyneOlielGrausz

Shihab IDREES

Anthropology
Shihab Idrees is an anthropologist who earned his PhD from the University of Haifa (2019–2024) with a dissertation on parenting in Palestinian society in Israel during the neoliberal era, an age whose central marker is the Government Plan 922 launched in 2015. His research examines how consumer culture and structural violence shape Palestinian family life, with a particular focus on emotional pedagogies and parenting discourses at the intersection of global positive psychology and local Arab-Islamic traditions. He has published on issues of identity, family, and community transformation, including studies on self-orientalism among Palestinians in Israel (Anthropology & Ethnic Studies, 2024) and on child-centered parenting in times of crisis (Israeli Readings, forthcoming in Hebrew). In addition to his academic work, Idrees writes public essays in Arabic that address consumer culture, community violence, and the erosion of public and familial spaces, reflecting his commitment to bridging scholarship and social engagement. Since September 2025, he has been a postdoctoral fellow at the CRFJ within the JORDIN program on comparative family law and justice in Jerusalem.