Equipe de recherche Axe 3 – ISRAELIENS ET PALESTINIENS : SOCIETES ET CULTURES CONTEMPORAINES

L’ axe 3 – Israéliens et Palestiniens : sociétés et cultures contemporaines, recouvre en 2016 trois programmes distincts :

  • Israël : représentations du passé, défis du présent
  • Culture arabe, identité palestinienne : approches transversales
  • Le Proche-Orient au défi du terrorisme

Le fort ancrage du CRFJ en Israël, tout comme son investissement ancien dans les études palestiniennes, ont permis de conduire en 2016 des recherches novatrices privilégiant les approches transversales à l’ensemble de l’espace israélo-palestinien. L’imbrication et l’interdépendance croissantes des sociétés et des cultures israéliennes et palestiniennes – qu’il s’agisse de la présence toujours plus étendue d’Israël dans les Territoires palestiniens ou de la rémanence de la culture arabe comme de l’identité palestinienne en Israël – rendent indispensable le décloisonnement systématique des recherches et justifient pleinement la double compétence territoriale du CRFJ.

Les travaux des chercheurs de l’axe 3 ont été récompensés en 2016 par quatre succès dans différents appels à projet : projets “MIFI/Migrations de Français en Israël” (Y. Scioldo-Zürcher) et “Stratégies de communication de DAESH” (A. Herfroy-Mischler), dans le cadre de l’appel à projet CNRS Attentats-recherche ; projet “Disrupted Histories” (M. Baussant) dans le cadre de l’appel à projet Care for the Future du Arts and Humanities Research Council (AHRC) ; projet “SILPAST/Silenced pasts : memories and representations of the past in migratory and collapsed societies” (M. Baussant), dans le cadre de l’aide au dépôt de projet européen de l’Agence nationale de la recherche.

  1. Israël : représentations du passé, défis du présent

La relative jeunesse de l’État d’Israël – qui fêtera ses soixante-dix ans en 2018 – ne préjuge pas des enjeux de mémoire de plus longue durée qui traversent et travaillent la société israélienne. On sait le poids de la mémoire de la Shoah dans la construction de l’identité israélienne : Muriel Katz-Gilbert, maître assistante en psychologie clinique à l’Université de Lausanne, en congé sabbatique accueilli au CRFJ, consacre ses recherches à la transmission du traumatisme de la Shoah et plus largement à l’exploration clinique des répercussions psycho-sociales de la violence collective.

D’autres mémoires, associées à l’exil des Juifs originaires des pays arabes, sont aujourd’hui en voie de recomposition, en lien avec l’affirmation d’une identité juive orientale (mizrahi) au sein de la société israélienne. Les recherches de Michèle Baussant sur les formes et usages comparés du passé juif oriental éclairent ainsi à partir d’un cas singulier, celui des juifs d’Égypte, les interactions entre les phénomènes mémoriels et patrimoniaux liés aux migrations, les régimes d’identification et leurs contradictions, afin de saisir les reconstructions du passé et leur circulation entre Israël, foyer ou centre de la judéité et du judaïsme, et des diasporas pour partie polycentrées.

En contrepoint de ces recherches, Michèle Baussant conduit également une enquête de terrain dans la ville de Ramla, où est implantée une importante communauté karaïte structurée au sein du Ha-yahadut ha-qara’it ha-‘olamit (le Judaïsme Karaïte Universel), sans être présente dans les mouvements associatifs de reconnaissance des Juifs dits orientaux : ce cas d’étude permet de saisir comment se construisent les formes d’extranéité et leurs dynamiques d’inclusion et d’exclusion au sein de la société israélienne.

L’actualité de l’alya française, la coïncidence en 2015 entre le pic d’émigration des Français juifs en Israël et la vague d’attentats qui a touché la France, a conduit Yann Scioldo-Zürcher à consacrer à ce sujet une part importante de ses recherches, dans le cadre d’un programme financé par le CNRS au titre de l’appel à projet Attentats-recherche. Le programme MIFI (Migrations de Français en Israël), mené en partenariat avec l’équipe CNRS MIGRINTER et l’Université de Bar-Ilan, a consisté à recueillir lors d’entretiens les justifications données à l’engagement et à l’acte de partir, à explorer ce que disent les partants sur ce qui leur semble justifier leurs départs et comment ils « entrent en migration ».

  1. Culture arabe, identité palestinienne : approches transversales

Ni la culture arabe ni l’identité palestinienne ne sauraient être étudiées en se cantonnant strictement dans les limites des Territoires palestiniens : c’est en Israël, où leur rémanence est significative, qu’il faut également les observer. La fécondité d’une approche transversale à l’ensemble de l’espace israélo-palestinien est illustrée par trois enquêtes distinctes.

Dans le sillage d’une thèse de doctorat en géographie consacrée aux “Spatialités de résistance en Israël et Palestine : les cas de Silwan, Hébron et al-Araqib”, Marion Lecoquierre consacre son post-doctorat à la notion de ribāṭ et à son utilisation par la population palestinienne. Terme utilisé au Moyen Âge pour désigner des structures défensives placées à la frontière du Territoire de l’Islam, mais aussi des hospices pour pèlerins I témoignent à Jérusalem des édifices construits aux entrées du Ḥaram al-Sharīf, le ribāṭ est aujourd’hui étroitement associé à Jérusalem et à la Palestine.

Dans le cadre d’une thèse de doctorat en littérature arabe sur le théâtre palestinien contemporain, Najla Nakhlé-Cerruti (INALCO) a étendu son enquête aux productions théâtrales palestiniennes en Israël, afin de mettre en lumière la centralité de l’espace et de sa matérialité dans la dramaturgie, ainsi que la manière dont il est employé dans les textes.

Si le théâtre palestinien trouve pour partie de son inscription spatiale en Israël, la littérature israélienne en hébreu trouve un prolongement inattendu à travers sa traduction en arabe. Dans le cadre d’un projet post-doctoral sur la littérature israélienne au contact des traducteurs palestiniens d’Israël et des Territoires palestiniens, Sadia Agsous (EHESS) enquête sur le profil de ces traducteurs de la culture hégémonique israélienne, plaçant ses recherches dans la double perspective de la traductologie et des études sur le discours de la minorité.

  1. Le Proche-Orient au défi du terrorisme

Dans le cadre de l’appel à projet CNRS Attentats-recherche, Alexandra Herfroy-Mischler (post-doctorante à l’Université hébraïque) a conduit au CRFJ un programme de recherche consacré aux stratégies de communication de DAESH. La recherche a pour but d’identifier les différents narratifs diffusés par DAESH au travers de la mise en scène des vidéos d’exécution, afin de promouvoir l’idéologie djihadiste du mouvement et de redéfinir qui peut ou non faire partie de « l’État islamique ».