Equipe de recherche Axe 3 – ISRAELIENS ET PALESTINIENS : SOCIETES ET CULTURES CONTEMPORAINES

L’ axe 3 – Israéliens et Palestiniens : sociétés et cultures contemporaines, recouvre en 2016 trois programmes distincts :

  • Anthropologie de la mémoire : représentations du passé, défis du présent
  • Socio-anthropologie des judaïsmes
  • Culture arabe, identité palestinienne : approches transversales
  • Sociologie du politique dans l’espace israélo-palestinien

 

Anthropologie de la mémoire : représentations du passé, défis du présent

Cette thématique a principalement reposé, au cours de l’année 2017, sur les recherches de M. Baussant, lesquelles ont porté sur les espaces israélo-palestiniens, qu’elle appréhende à une échelle locale et régionale, dans leurs interactions passées et présentes avec les pays environnants, et transnationales, avec la question des diasporas. Elle y aborde, dans le droit fil de ses travaux antérieurs, le rôle ambigu de la mémoire comme ressource pour, d’un côté, créer des solidarités fondées sur un passé vécu et/ou transmis et, de l’autre, symétriquement, produire des mécanismes de rejet, d’exclusion et de désaffiliation. C’est dans le cadre de cette problématique qu’elle a développé en 2017 et pour les années à venir un travail de recherche sur l’histoire et sur les formes alternatives de médiation du passé, à un niveau transnational, national et local, autour de l’exil des Palestiniens en 1948, appelé « nakba » (catastrophe) et du départ, entre 1948 et la fin des années 1960, des communautés juives de la plupart des pays d’islam (treize pays), en s’attachant à leurs évolutions historiographiques, mémorielles, politiques et juridiques. 

La mise en œuvre de cette recherche sur les formes et usages du passé dans le présent au Maghreb et au Proche Orient (Algérie, Egypte, Liban et aujourd’hui, espaces israélo-palestiniens), est conduite sous différentes formes, en collaboration avec des chercheurs israéliens, français et d’autres pays. Outre l’ANR Silenced pasts: memories and representations of the past in migratory and collapsed societies, Programme ANR MRSEI (2016-2018), elle codirige également un programme cofinancé par le Labex Passés dans le présent et l’AHRC (France/GB) « Disrupted histories, recovered pasts/Histoires perturbées, passés recouvrés »,  avec Bath Spa University (Prof. Sian Sullivan) . Membre active du GDRI Socio-anthropologie des judaïsmes, dirigé par Chantal Bordes-Benayoun (présenté plus loin), M. Baussant en a assuré la gestion financière en 2017 avec l’équipe administrative du CRFJ. Ces collaborations ont donné lieu à la co-organisation de deux colloques internationaux Ways of remembering, ways of forgetting: diasporas in and out of Israel, HUJI, CRFJ, 18-19 octobre 2017 (en Hébreu et en anglais) et « Juifs disparus : enjeux de mémoire. Entre redécouverte et appropriation », Lausanne, 12-13 juin 2017 (en français et en anglais), ainsi que l’organisation d’un panel à la Second Annual Conference of the Memory Studies Association, 14-16 décembre 2017, Université de Copenhague (en anglais) Peacemaking of memories : encounter, avoidance or « mésentente ». Ces trois événements seront publiés en anglais, notamment dans une collection consacrée à la Méditerranée aux Editions de l’Université Ca Foscarini et dans la revue Ethnologies.

Toujours en lien avec cette thématique, M. Baussant a élaboré et déposé, soit en PI, soit en CO-PI, deux programmes de recherche : une ANR WELCOMIG (PI: Evelyne Ribert (IIAC), CO-PI : Michèle Baussant (CRFJ), Irene dos Santos (URMIS) et Catherine Perron (CERI) retenue au premier tour et dont le dossier final va être envoyé en mars 2018 ; un programme collaboratif Européen CULT-COOP-02-2017, « Bridging Europe’s troubled pasts: mapping unheard histories, disconnected presents and shared futures » (non retenu), réunissant neufs partenaires étrangers, dont trois universités israéliennes (l’Université hébraique de Jérusalem, l’Université de Tel Aviv et Université Ben Gurion) (PI M.Baussant). Elle a enfin participé à deux programmes de recherches – Programme Cèdre Horizon de vie et frontières ethniques et ANR Cirelanmed – permettant de relier ses différents travaux et expériences de recherches dans des pays de la région – en Israël, au Liban, en Egypte – et au-delà (Algérie), projets pour lesquels elle a développé des compétences linguistiques spécifiques (hébreu et arabe).

Au cours de cette année, M. Baussant a enfin développé avec plusieurs collaborateurs des deep maps à l’aide du l’outil storymap. Ce travail a été effectué dans le cadre du programme Disrupted histories et en collaboration avec une IE, Bassem Mouad. Elle également créé et administré deux carnets Hypothèses : Socio-anthropologie des judaïcités, https://saj.hypotheses.org/ (administration avec G.Foscarini et D.Miccoli) et  « Disrupted histories », (administration avec Irène Dos Santos, Lindsey Dodd et Sian Sullivan)  http://dsrupdhist.hypotheses.org/

 

Socio-anthropologie des judaïsmes 

Ainsi que cela vient d’être évoqué, le CRFJ est partenaire du Groupement de recherche international financé par le CNRS, Socio-anthropologie des judaïsmes (2014-2017), dirigé par C. Bordes-Benayoun et géré pour 2017 par le CRFJ. Il fédère un réseau d’institutions françaises – CNRS, Université de Toulouse Jean Jaurès, l’EHESS et l’Université de Poitiers – et étrangères – Université Ca’Foscari (Italie), Université de Lausanne (Suisse), Brandeis University (USA), Université Hébraïque de Jérusalem (Israël), Centre Marocain des Sciences sociales (Maroc), Consejo Nacional de Investigaciones Cientificas y Técnicas (Argentine), Université du Québec à Montréal (Canada). Si les mondes juifs constituent un champ de recherche à part entière aux Etats-Unis ou en Israël, ils relèvent, notamment en Europe, de traditions de recherche éparpillées et parfois peu cumulatives, en dépit de leur qualité. Cet émiettement représente un obstacle à l’internationalisation de la recherche française et européenne, du point de vue de sa visibilité et de la comparaison sur un objet dont les enjeux et la portée dépassent largement les logiques internes animant les mondes juifs. Ce réseau a donc une triple visée : 1. Analyser ces logiques et leurs évolutions en les réinsérant dans les contextes, sociaux et historiques, plus globaux qui les façonnent et les nourrissent, à différentes échelles ; 2. Cumuler un savoir sur les travaux menés sur les mondes juifs dans différents pays, sur différentes aires et plus largement sur les sociétés desquelles ils participent, comme « acteurs » sur la longue durée de la globalisation ; 3. Ouvrir la voie à des réseaux académiques transnationaux, permettant en retour un regard critique sur les traditions de recherche et leurs objets dans différents pays. Outre des séminaires réguliers, le GDRI a organisé cinq grandes conférences internationales en 2014, 2015, 2016 et 2017, à Montréal, Jérusalem, Venise et Lausanne. Deux ouvrages et une direction de revue sont parus, en français et en anglais, deux autres sont en cours.

 

Culture arabe, identité palestinienne : approches transversales

Dans la poursuite de ses précédents travaux, S. Agsous (EHESS) a poursuivi ses recherches sur la question, aux très forts enjeux, de la traduction et de l’interdiffusion des littératures contemporaines arabes et hébraïques. Dans le cadre d’un projet postdoctoral sur la littérature israélienne au contact des traducteurs palestiniens d’Israël et des Territoires palestiniens, S. Agsous enquête sur le profil de ces traducteurs de la culture hégémonique israélienne, plaçant ses recherches dans la double perspective de la traductologie et des études sur le discours de la minorité. Si la décennie 1990 a été déterminante, l’enquête remonte jusqu’aux années 1960 afin d’intégrer les premiers traducteurs palestiniens de la littérature hébraïque, ainsi les traducteurs mizrahi (juifs arabes) qui ont initié la traduction de la littérature hébraïque en arabe en tant que domaine.

L’émergence de ces traducteurs est en lien avec les moments-clés du conflit israélo-arabe. Cette temporalité est importante afin d’analyser la réception des œuvres traduites, mais aussi pour repérer l’émergence et l’évolution de la figure du traducteur palestinien indépendant des instances culturelles israéliennes. Une journée d’étude organisée par Sadia Agsous avec la collaboration de N. Nakhlé-Cerruti (INALCO), rassemblant auteurs, traducteurs et chercheurs, a été réalisée en février 2017.

 

Sociologie du politique dans l’espace israélo-palestinien

Les deux axes poursuivis par S. Bulle dans le cadre de son projet de recherche au CRFJ concernent l’élaboration d’un ouvrage, Sociologie de Jérusalem, destiné à dresser la morphologie politique, urbaine et sociale de la ville à travers un matériau documenté et actualisé concernant le profilage socio-politique et spatial de la ville en lien avec les transformations de sa gouvernance politique et différents champs interactionnels (conflit, gouvernance, désécularisation). Le second axe de travail concerne la transformation de l’Etat d’Israël notamment dans ses politiques sécuritaires et civiles (terrorisme, radicalités politiques, gestion des TPO), telles qu’elles servent de laboratoire aux Etats européens confrontés au terrorisme ou à la violence politique. Ce second axe doit donner lieu à l’élaboration d’un programme européen de recherche.

 

Lors des premiers mois de sa présence au CRFJ, le travail mené par S. Bulle a consisté à mettre en place le cadre scientifique interne au centre : suivi des étudiants et élaboration d’une première journée doctorale (prévue au printemps 2018) consacré à l’ethnographie du politique, laquelle s’adresse aux doctorants régionaux ou en séjour long ou court. La seconde tâche a concerné l’élaboration du colloque « La démocratie aujourd’hui » qui doit se tenir à l’automne 2018 dans le cadre de « la Saison croisée » franco-israélienne (FOI/IFI). La troisième tâche a concerné la préfinalisation d’un ouvrage entamé en 2017 et à paraître en 2018 (« l’autonomie politique aujourd’hui »), dont une partie mineure concerne les radicalités politiques en Israël.