Equipe de recherche  Axe 1 – ARCHEOLOGIES DU LEVANT SUD

Les activités archéologiques soutenues par le CRFJ concernent en premier lieu un ensemble d’opérations de terrain qui, de la Préhistoire (Nahal Zippori, Nahal Efe) à la période médiévale (Belvoir, Atlit) en passant par les âges des métaux et l’Antiquité (Tel Achziv, Césarée), couvrent un large spectre chronologique et thématique, faisant de notre centre et grâce aux équipes françaises impliquées dans ces opérations (mais aussi espagnoles, avec Nahal Efe), l’un des principaux partenaires étrangers intervenant actuellement en Israël. En termes de soutien institutionnel et financier, ajoutons que nous avons eu la satisfaction de voir, aux côtés de Belvoir et Tel Achziv, l’opération conduite sur le cimetière d’Atlit retenue cette année par la commission des fouilles du MEAE.

L’implication du CRFJ sur le terrain prend également la forme de la participation de plusieurs de ses membres à d’autres opérations archéologiques en cours, à l’image de la participation de F. Bocquentin et de M. Anton au site de Motza, fouille préventive de très grande ampleur conduite par l’IAA sous la direction de H. Khalaily et K. Vardi, où elles assurent la responsabilité du volet archéothanatologique des sépultures néolithiques (et même post-néolithiques) et ce depuis la fouille jusqu’à l’analyse et l’interprétation des vestiges découverts. Un autre partenariat lie le CRFJ à la fouille du site paléolithique de Manot, dirigée par O. Marder (BGU) et O. Barzilaï (IAA), grâce à l’implication de S. Caux dans l’étude archéopétrographique ; les prospections gîtologiques initiées à cette occasion en Galilée (70 gîtes échantillonnés à ce jour) doivent par ailleurs nourrir la constitution d’une lithothèque déposée au CRFJ, instrument qui fait défaut en Israël suite à l’interruption il y a plusieurs années des recherches de Ch. Delage, dont les référentiels qui en sont issus ne sont pas disponibles.

Grâce à un agrément renouvelé en 2018 par l’IAA (cf. infra), le CRFJ conserve dans ses locaux, pour le temps de l’étude, une partie des collections archéologiques issues de ces différentes fouilles, comme c’est également le cas de plusieurs opérations achevées il y a quelques années et, parmi elles, celles des deux sites emblématiques de Ain Mallaha (Eynan ; opération dirigée par F. Valla et K. Khalaily) et Beisamoun (opération dirigée par F. Bocquentin et K. Khalaily). Les études post-fouilles se sont poursuivies cette année sur les mobiliers de l’un et l’autre de ces sites, grâce aux missions de F. Bocquentin, A. Bridault, L. Dubreuil, J.-M. Tejero et F. Valla, dont plusieurs ont été accueillis dans les locaux de la rue Shimshon tandis que d’autres se sont rendus à l’UHJ ; en sens inverse, R. Biton a effectué un séjour d’étude au MNHN de Paris, contribuant également à nourrir les coopérations tissées entre le CRFJ et les institutions israéliennes. Parmi ces travaux, les différentes missions réalisées par F. Bocquentin lui ont permis de finaliser l’analyse anthropologique exhaustive de la collection épipaléolithique de Mallaha, en vue de la préparation d’une monographie dédiée aux sépultures et aux squelettes découverts sur le site par les équipes du Centre entre 1955 et 2005. Ses séjours lui ont également permis de poursuivre les études engagées sur le site de Beisamoun, dont les vestiges humains forment l’un des principaux référentiels de la thèse de M. Anton (université de Paris 1), tandis que les coquillages sont intégrés à celles de H. Schechter (UHJ). De son côté, L. Dubreuil poursuit l’étude tracéologique des outils en pierre, élargie à ceux sur calcaire, de ces deux mêmes sites de Mallaha et de Beisamoun. Un des objectifs a notamment consisté à initier un programme de collaboration avec le Laboratoire d’analyse 3D de l’UHJ dirigé par L. Grosman.

A ces études portant sur diverses catégories de mobilier issues de sites fouillés avec le soutien du CRFJ, s’ajoutent plusieurs programmes d’études appuyés sur les sources archéologiques fournies par d’autres contextes. Le premier d’entre eux est celui poursuivi par V. Roux, dédié tout à la fois à rechercher les signatures individuelles dans la production céramique et à intégrer ces productions à l’analyse des réseaux sociaux des sociétés du Chalcolithique final (4500-3900 BC) et lors de la transition Chalcolithique final/ Bronze Ancien I, en s’intéressant tout particulièrement au thème des conditions à la résilience des traditions techniques. Cette enquête s’est notamment appuyée sur la caractérisation des chaînes opératoires mises en œuvre dans les assemblages céramiques de sites localisés dans l’ensemble du Levant sud et datés de la seconde moitié du 5ème millénaire, en l’occurrence ceux de Megiddo, Kafr Khanna, Fazael, Ghassul, Safadi, Grar, Modi’in ou encore Turmus, ainsi que ceux documentant la transition vers le Bronze ancien à Yftael, Assawir, Meser et de nouveau Kafr Khanna. L’un de ces contextes, celui du site de Ghassul, est également abordé par G. Petrullo dans le cadre de son étude dédiée aux modalités d’acquisition et de fabrication des outils en matières dures d’origine animale par les communautés chalcolithiques du Levant du Sud, travail qui doit être présenté dans le cadre d’une monographie prochaine publié dans les Cahiers d’archéologie de l’école Biblique et Archéologique. A ces recherches, s’ajoutent celles de F. Manclossi (post-doc BGU) sur les transferts entre technologies lithiques et métalliques au cours des âges des métaux. Enfin, l’année 2018 a également vu le démarrage d’un nouveau programme d’étude conduit par J. Vieugué et F. Bocquentin, lequel nous ramène chronologiquement un peu en arrière puisqu’il est consacré à la mise en œuvre d’une base de données sur les célèbres figurines yarmoukiennes de Shaar Ha Golan, dans le but de décrire leur variation, leur technique de modelage et de chercher à mieux appréhender leur charge symbolique. Plusieurs manifestations scientifiques ont conjointement été organisées au cours de l’année 2018 et, en particulier, dans le droit fil des recherches menées par V. Roux sur la transition Chalcolithique final/ Bronze Ancien I (3900-3600 BC) au Levant sud, un colloque international a été co-organisé sur ce thème par le CRFJ et l’Albright Institute de Jérusalem, sous la conduite de M. Adams (directeur du Albright), F. Höflmayer (Austrian academy of sciences) et V. Roux : Transitions during the Early Bronze Age in the Levant: Methodological Problems and Interpretative Perspectives (CRFJ/Albright Institute, 16-18 May 2018). Le CRFJ a également été impliqué dans la tenue d’une autre rencontre internationale, dédiée elle à la Préhistoire et intitulée Crossed view of the Aurignacian: Levantine and Western Europe comparison, organisée par T. Tejero (post-doc ArScan), F. Bon, O. Marder (BGU) et O. Barzilai (IAA) dans le cadre du dernier congrès de l’UISPP tenu à Paris en juin 2018.

L’activité du Centre s’est également déployée dans plusieurs actions de formation, à commencer par a mise en place d’une unité d’archéologie expérimentale à l’université hébraïque de Jérusalem, entreprise conçue par V. Roux en collaboration avec N. Panitz-Cohen et N. Yahalom-Mack. Cette unité accueille notamment une céramothèque conçue par V. Roux et le département céramique des Beaux-Arts (Bezalel), financée grâce au Ruth Amiran Fund (co-PI avec Nava Panitz-Cohen), laquelle est désormais un outil pédagogique de référence pour la formation des étudiants à la technologie céramique ; elle a notamment servi de support à un enseignement auquel a contribué V. Roux au sein d’une formation intitulée « Technology and Archaeology » (UHJ, 24h, BA), ainsi que dans l’encadrement des recherches doctorales conduites par O. Harush. Standardisation and Technology of the ceramic industry from the Intermediate Bronze until the Iron Age – Storage jars as a case study (HUJ, dir. L. Grossman). Ainsi que cela a déjà été indiqué, l’unité d’archéologie expérimentale conçue en collaboration entre l’UHJ et le CRFJ a été inaugurée par l’ambassadrice de France le 14 juin 2018 dans le cadre de la saison croisée France-Israël. Une autre action de formation a consisté, en lien cette fois-ci avec O. Marder (BGU) et grâce au soutien de l’IFI et à celui de Fondation de France – Jacqueline de Romilly, à accueillir un groupe d’étudiants israéliens en France (BA et master provenant des universités de Tel Aviv et de Ben Gurion), afin qu’ils puissent participer aux chantiers-école d’Ormesson (dir. P. Bodu) et de Régismont-le-Haut (dir. F. Bon et R. Mensan) au cours de l’été 2018. Enfin, toujours au titre de l’implication du CRFJ dans des actions de formation, parmi les doctorants régulièrement accueillis et outre ceux déjà cités, il faut mentionner le travail en voie d’achèvement de S. Dorso, consacré à l’histoire et à l’archéologie du royaume latin de Jérusalem.

L’année 2018 a également été marquée par le renforcement de plusieurs partenariats, dont le plus important d’entre concerne l’IAA, avec lequel un nouvel accord-cadre dédié à la collaboration entre cette institution et le CNRS en matière d’archéologie a été signé en juillet, lors de la visite de F.-J. Ruggiu, directeur de l’INSHS, et en présence de G. Avni, directeur du département d’archéologie de l’IAA. Par ailleurs, cette institution avait préalablement renouvelé au CRFJ en janvier 2018 son agrément, en lui reconnaissant de nouveau et suite à un examen approfondi de ses activités, le statut de centre d’archéologie habilité à recevoir et se porter garant de permis de fouilles.