Fouilles du site néolithique de Nahal Efe (Israël). À la recherche des derniers chasseurs-cueilleurs-collecteurs des régions arides du Néguev, il y à 10 000 ans.

La quatrième campagne de fouilles du projet Nahal Efe, dirigée par Ferran Borrell, du Consejo Superior de Investigaciones Científicas (IMF-CSIC) et Jacob Vardi, de l’ Israel Antiquities Authority (IAA) s’est déroulée au mois de mai 2019 dans la zone désertique du Néguev (Israël). L’équipe, constitué d’archéologues espagnols, français et israéliens a mené une nouvelle campagne de fouilles de trois semaines sur le site néolithique de Nahal Efe, un projet archéologique qui a débuté en 2015.

 

Les premiers objectifs du projet étaient l’étude du processus de diffusion du Néolithique dans les régions semi-désertiques de l’Orient méditerranéen (Néguev, Sinaï et Jordanie) et celles des interactions entre les derniers chasseurs-cueilleurs de ces régions avec les populations voisines, pleinement agricoles durant le Néolithique Précéramique B (PPNB). Un autre objectif était d’étudier les relations sociétés-environnement dans des conditions de forte aridité pour savoir dans quelle mesure les changements des débuts de l’Holocène ont pu avoir un impact sur le développement des premières sociétés agricoles du Levant Sud méditerranéen.

Datant de 10 000 ans, ce site est probablement le principal établissement de son époque pour l’ensemble du Néguev. Son extension est estimée à 2000 m2. L’habitat est celui d’unités semi-circulaires aux murs en pierres de trois à cinq mètres de diamètre. Trois de ces structures ont déjà été fouillées et une douzaine ont été identifiées en prospection, illustrant ainsi un site qui fut un véritable lieu de peuplement. La conservation du site est très favorable, les murs en pierres peuvent être conservés sur une élévation de près d’un mètre.

Les travaux réalisés les années précédentes se sont concentrés sur la reconnaissance de l’extension du site, la confirmation de sa chronologie et sur l’estimation de sa qualité de conservation. La campagne 2019 a eu pour objectif d’établir, au sein du site, le niveau de contemporanéité des différentes structures déjà fouillées, de mieux comprendre l’organisation interne du site et de documenter les techniques de construction architecturales des grandes maisons circulaires en pierre déjà mis au jour. Ceci va permettre d’apporter les premiers éléments de réflexion sur le nombre d’habitants du site et leur mode de mobilité. Durant cette campagne, un « focus » a été mis également sur les données permettant de reconnaitre le mode de subsistance de la communauté vivant à Nahal Efe avec, entre autres, le prélèvement des nombreux restes botaniques (charbons, pollens et phytolithes) qui constitueront des éléments clefs pour la restitution paléo-environnementale du milieu dans lequel s’inscrivait le peuplement. Ces éléments permettront également de comprendre quelles espèces végétales étaient utilisées par les habitants de Nahal Efe, tant pour les combustibles que pour les aliments.

L’ensemble des recherches effectué est essentiel pour l’étude et la contextualisation de la communauté vivant à Nahal Efe au cours de la période du Néolithique Précéramique B moyen. Les résultats obtenus diffèrent significativement du modèle de peuplement traditionnellement admise pour cette région qui postulait que l’occupation du Néguev était faite par de petits groupes nomades de chasseurs-cueilleurs. En fait, les données issues des fouilles du site, montrent un nombre élevé de structures résidentielles (potentiellement contemporaines les unes des autres) et un grand investissement dans la construction des structures d’habitat (murs en pierres et sols en plâtre !). Ceci nous portent à considérer Nahal Efe comme un établissement de chasseurs-cueilleurs relativement important et occupé selon un mode de vie qui semble sédentaire. A cela s’ajoute d’autres indices, de signification toutefois moins importantes, tels que la présence de lames de faucilles au lustre caractéristique de la coupe de céréales (au nombre de quatre jusqu’ici) ainsi qu’un nombre non négligeable d’outils de moutures.

Le projet Nahal Efe est actuellement le seul projet de recherche archéologique soutenu par l’Espagne en Israël. Son financement vient de la Fundación Palarq, du Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades, de la Dirección General de Bellas Artes y Patrimonio Cultural, du CSIC, de l’Israel Science Foundation, de la Levi-Sala CARE Foundation et du Centre de Recherche Français à Jérusalem (CNRS-CRFJ).

Article rédigé par le Dr. Ferran Borrell, directeur du projet, chercheur du CSIC- Intitución Milà i Fontanals, et chercheur associé du CRFJ.