YSZ

Ecrire à Yann Scioldo-Zürcher

Historien des migrations contemporaines, chargé de recherche au CNRS, investi dans l’axe de recherche 3 «  Israéliens et palestiniens : sociétés et cultures contemporaines » (http://www.crfj.org/?page_id=64).

Thème de recherche : Histoire sociale des migrations et des relations des olim à l’espace hiérosolymitain, de la fondation de l’État d’Israël à nos jours.

L’historiographie israélienne des faits migratoires, longtemps traversée par une idéologie nationale et sous influence d’un paradigme marxiste, s’est tout d’abord portée sur l’histoire des « pionniers », des multiples vagues migratoires des olim, des pratiques de l’Agence juive et des créations de « villes de développement ». Les chercheurs ont ainsi analysé, dans une démarche politique, comment l’État s’est structuré et rapidement viabilisé à la faveur des courants migratoires. Au cours de la décennie 1990, avec ce qui fut qualifié « de tournant post-sioniste », ou « d’École post-sioniste », initié depuis les Universités Hébraïque de Jérusalem et de Tel-Aviv, les travaux de recherche en Sciences humaines et sociales se sont orientés vers l’étude des « zones d’ombres » de la société israélienne, ses constructions ethniques, ses pratiques administratives différenciées en fonction des origines nationales des migrants, et de façon générale, ont su renouveler la compréhension de « l’identité israélienne », désormais épurée de toute essentialité juive anhistorique. Si l’engourdissement du processus de paix a atténué la portée politique et sociale de ces études, il n’en reste pas moins certain que la société israélienne, aujourd’hui « normalisée », continue de s’interroger sur son passé, et que les travaux de recherche menés rencontrent un important écho au sein de la société civile.

Aussi, au-delà des études en termes de flux et des analyses des groupes en fonction de leurs origines nationales, plusieurs questions peuvent être soulevées : face à la diversité des migrations et à la forte contrainte exercée par l’État israélien quant au choix des premiers lieux d’installation des migrants, que révèle l’histoire des appropriations des territoires (nationaux, régionaux et locaux) et des rapports à l’espace public des personnes en situation migratoire ? Comment penser l’histoire des espaces de vie lorsque les frontières nationales du pays ont connu d’importantes modifications ? Comment s’opèrent dans une société d’immigration, les recompositions familiales, géographiques et sociales ? Comment mesurer les distances entre les attentes de l’Agence Juive, qui dressait le profil désiré des migrants, et leurs réalités sociales ? Quelles méthodologies l’historien du temps présent peut-il mobiliser pour comprendre le temps long de ces migrations ?

Dès lors, il apparaît important de se dégager d’une approche où la dimension politique domine, pour privilégier une histoire sociale, et une méthodologie pluridisciplinaire, afin de comparer, sur le temps long, les trajectoires sociales et géographiques de plusieurs groupes nationaux. En d’autres termes, ce programme de recherche propose d’étudier, dans la logique de la sociohistoire des migrations, les appropriations et les relations aux espaces que les migrants ont développées au sein d’une société d’accueil elle-même en définition. L’objectif étant de montrer comment l’histoire des rapports aux lieux permet de comprendre la façon dont la société israélienne s’est structurée et régulée. Ce projet de recherche géohistorique propose ainsi d’étendre un modèle statistique afin de comparer les trajectoires migratoires connues par plusieurs populations migrantes arrivées concomitamment et de le compléter par une série d’enquêtes orales conduites à Jérusalem pour mettre au jour l’histoire de « l’habité » et des populations qui composent la capitale de l’État.

Principales publications :

– Devenir métropolitain, parcours et politique d’intégration de rapatriés d’Algérie à la métropole, de 1954 au début du XXI° siècle, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2010, 462 p.

Articles :

– « Faire des Français d’Algérie des métropolitains », Pôle-Sud, Université de Montpellier, n°24, juin 2006, pp. 15-28.

– « L’affaire du cimetière d’Oran, 1970-1974 », Les juifs oranais, entre inclusions et exclusions d’une population entre deux rives », Archives juives, n° 41/1, 1er semestre 2008, pp. 120-128.

– « Colonies d’ailleurs et colonies d’ici », écrit en partenariat avec Nancy L. Green –Hommes et migrations, n°1276, novembre-décembre 2008, pp.134-145.

– « Se marier à la synagogue des Tournelles, approche sociodémographique du mariage sépharade en France postcoloniale, 1954-1970 », Archives Juives, n° 42/2, 2ème semestre 2009, pp. 82-97.

– « Les Harkis sont ils des rapatriés comme les autres ? », Les Temps Modernes, n° 666, décembre 2011, pp. 90-104.

-« Reloger les pieds-noirs : l’État mobilisé », Métropolitiques, http://www.metropolitiques.eu/Reloger-les-pieds-noirs-l-Etat.html, 2012.

– « Memory and influence on the Web : french colonial repatriates from 1950 to the présent », Social Science Information, Sur les sciences sociales (SSI), Vol. 51, N° 4, 2012, pp. 475-501.

– « Accueillir les Français rapatriés d’Algérie, avant de pouvoir les reloger. Histoire d’une régulation sociale par l’évitement des bidonvilles. L’exemple de Paris, 1962-1969 », French Politics, Culture, Society, Vol. 31, n° 3, 2013, pp. 45-64.

– « L’indemnisation des biens perdus des rapatriés d’Algérie : politique de retour ou innovation post-coloniale ? », Revue européenne des migrations internationales, vol. 29 « Migrations de retour et de rapatriement », n° 3, 2013, pp. 77-90.

« Les migrations vers Israël des populations juives du Maroc, une approche statistique et sérielle inédite », 2013, article en ligne sur le site du CRFJ, http://crfj.hypotheses.org/262.

Chapitres d’ouvrages :

– « Existe-t-il une vision pied-noir des rapports franco-algériens ? », In Frédéric Abécassis, Gilles Boyer, Benoît Falaize, Gilbert Meynier, Michelle Zancarini-Fournel (dir.), La France et l’Algérie : leçons d’histoire. De l’école en situation coloniale à l’enseignement du fait colonial, Paris, Ed. La Découverte / Institut national de la recherche pédagogique, 2007, pp. 171-187.

– « Des pratiques administratives inédites pour les Français d’Algérie (1961-1967) », in Nancy L. Green, Marie Poinsot (dir.), Histoire de l’immigration et question coloniale en France, actes du colloque « Les migrations post-coloniales », Paris, La Documentation française, 2008, pp. 99-104.

– « Du Français d’Algérie au pied-noir, catégorisations et représentations d’un groupe particularisé. Comment montrer le groupe des rapatriés d’Algérie ? », in Eric Savarèse (dir), L’Algérie dépassionnée, Paris, Ed. Syllepses, 2008, pp. 75-92.

– « Paris, tu les as pris dans tes bras ! L’installation des rapatriés d’Algérie dans les départements de la Seine », La guerre d’Algérie en France sous la direction de Sylvie Thénault et de Raphaëlle Branche, Paris, Ed. Autrement, 2008, pp. 454-462.

– « Migrations juives maghrébines à Paris et Montréal, approche quantitative du mariage religieux en migration, 1954-1980 », en collaboration avec Yolande Cohen (UQAM), in La bienvenue et l’adieu, Migrants juifs et musulmans au Maghreb (XVe-XXe siècle), Actes du colloque d’Essaouira, Migrations, identité et modernité au Maghreb, 17-21 mars 2010, Casablanca, La croisée des chemins, Paris, Karthala, février 2012, Vol. 2, pp.181-204.

– « La discrète mais réelle anticipation du rapatriement des Français d’Algérie : la construction de la loi du 26 décembre 1961 », in Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari-Tengour et Sylvie Thénault, Histoire de l’Algérie à la période coloniale 1830-1962, Paris/Alger, La Découverte/Barzakh, 2012, pp. 564-569.

– « French Repatriates corpus, Memories and pressures on the web French repatriates from 1950’s to today », in Diminescu Dana, e-Diasporas Atlas, Exploration and Cartography of Diasporas on Digital Networks, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Col. praTICs, 2012, [sans pagination, texte en Français].

– « Reflections on return and the ‘migratory projects’ of the Français d’Algérie » in Scot Soo (dir.), Coming home? Vol. 2, Conflict and postcolonial return migration in the context of France and North Africa, Cambridge Scholars Publishing, 2013, pp. 54-75.

– « Maghrebi Jewish Migrations and Religious Marriage in Paris and Montreal, 1954-1980 », avec Yolande Cohen, in Solange Lefèbre, Lori G. Beaman, Religion in the Public Sphere, Canadian Case Studies, University of Toronto Press, 2014, pp. 121-148.

« Une administration ex nihilo à l’épreuve des rapatriements des Français d’Algérie, 1961-1964, organiser la sortie de guerre », in Vincent Joly, Patrick Harismendy(dir.), Algérie, sortie(s) de guerre, Presses universitaires de Rennes, 2014, pp. 69-79.

Coordinations de revues :

« La relation entre Sépharades et Ashknénazes, de la période moderne à nos jours, bilans et perspectives », Archives Juives, 42/2, 2ème semestre 2009, 159 p.

« Migrations de retour et de rapatriement », Revue européenne des migrations internationales, vol. 3, 2013, septembre 2013, 140 p.