{"id":16458,"date":"2019-10-23T16:42:00","date_gmt":"2019-10-23T14:42:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crfj.org\/?page_id=16458"},"modified":"2023-02-23T20:20:31","modified_gmt":"2023-02-23T19:20:31","slug":"joel-sebban","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/joel-sebban\/","title":{"rendered":"Jo\u00ebl Sebban"},"content":{"rendered":"<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-16459\" srcset=\"http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-9x12.jpg 9w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-200x267.jpg 200w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-400x533.jpg 400w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-600x800.jpg 600w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-768x1024.jpg 768w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db-800x1067.jpg 800w, http:\/\/www.crfj.org\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/7f547adc-d2c3-4270-a6c2-22efe34f91db.jpg 972w\" sizes=\"(max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"mailto:joelsebban@gmail.com\">Lui \u00e9crire<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Joel SEBBAN<br>&nbsp;History of relations between politics and religion in Modern TimesHistory of dialogue between Jews, Christians, and Muslims in France, the United States and Israel&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Keywords : Secularism, Interfaith dialogue, \u00ab\u00a0Judeo-Christian\u00a0\u00bb concept, France, Israel, the United States, Judaism, Christianity, Islam, Politics, Religion<br>List of publications \/ Publications<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Ouvrage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>LA NAISSANCE DE LA SYNAGOGUE FRANCAISE. \u00ab&nbsp;CIVILISATION JUDEO-CHRETIENNE, RELIGION ET LAICITE EN FRANCE DE NAPOLEON A VICHY<\/em><\/strong><strong>,<\/strong>&nbsp;\u00c9ditions Belin-Pass\u00e9s Compos\u00e9s, sous-contrat, \u00e0 para\u00eetre, septembre 2023&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Version remani\u00e9e de ma th\u00e8se,<strong>&nbsp;<\/strong>ce livre ouvre une r\u00e9flexion qui est poursuivie dans un second ouvrage en pr\u00e9paration. Ces \u00e9tudes t\u00e2chent de r\u00e9pondre \u00e0 une question immense, vertigineuse m\u00eame :&nbsp;qu\u2019est-ce que cette civilisation que l\u2019on appelle \u00e0 la fois \u00ab&nbsp;la civilisation occidentale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;la civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb ?&nbsp;Mon hypoth\u00e8se de r\u00e9ponse est la suivante&nbsp;:&nbsp;l\u2019\u00e9mergence du concept de \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb&nbsp;est issue d\u2019un processus complexe de red\u00e9finition des religions juive et chr\u00e9tienne par l\u2019\u00c9tat-nation, tout particuli\u00e8rement au sein des nations fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine qui ont s\u00e9par\u00e9 les \u00c9glises de l\u2019\u00c9tat et \u00e9mancip\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, les juifs. En refusant de reconna\u00eetre une doctrine officielle sous la forme d\u2019un r\u00e9gime de religion d\u2019\u00c9tat ou de religion \u00e9tablie, les r\u00e9volutions fran\u00e7aise et am\u00e9ricaine permettent de concevoir une \u00e9galit\u00e9 religieuse entre la Synagogue et les \u00c9glises chr\u00e9tiennes et initient une convergence des communaut\u00e9s juive et chr\u00e9tienne autour d\u2019une morale civique commune. Le concept de \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb va na\u00eetre d\u2019une r\u00e9interpr\u00e9tation du lien historique entre les religions juive et chr\u00e9tienne, men\u00e9e en premier lieu par des penseurs juifs. Ces derniers vont retrouver dans la loi mosa\u00efque d\u2019abord, puis dans les \u00c9vangiles, l\u2019inspiration des id\u00e9aux r\u00e9volutionnaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019actuel livre, consacr\u00e9 \u00e0 la France, est la premi\u00e8re partie d\u2019un diptyque, la seconde portant sur une comparaison entre les cas fran\u00e7ais et am\u00e9ricain depuis leurs r\u00e9volutions respectives. Il est divis\u00e9 en trois moments. Apr\u00e8s une introduction qui se centre sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise,&nbsp;<strong>la premi\u00e8re partie<\/strong>, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Gen\u00e8se d\u2019un concept&nbsp;\u00bb, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, de la mise en place du r\u00e9gime dit des \u00ab&nbsp;cultes reconnus&nbsp;\u00bb sous le Consulat et l\u2019Empire, jusqu\u2019\u00e0 la Seconde R\u00e9publique.&nbsp;Le processus politique d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les religions juive et chr\u00e9tienne, initi\u00e9 par Napol\u00e9on \u00e0 partir de la constitution du d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;Grand Sanh\u00e9drin&nbsp;\u00bb, contribue \u00e0 faire \u00e9merger une pens\u00e9e radicalement moderne des relations entre les deux communaut\u00e9s. En m\u2019appuyant sur des sources in\u00e9dites en h\u00e9breu de rabbins invit\u00e9s ou consult\u00e9s pour la pr\u00e9paration de l\u2019assembl\u00e9e, je montre comment les membres du \u00ab&nbsp;Grand Sanh\u00e9drin&nbsp;\u00bb ont profond\u00e9ment r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 la notion traditionnelle de fraternit\u00e9 dans les cadres de l\u2019\u00c9tat-nation. Ils reprennent la dialectique des relations entre l\u2019universel et le particulier telle qu\u2019elle se d\u00e9gage de la D\u00e9claration des droits de 1789&nbsp;: celle-ci lie, en effet, l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 son statut de citoyen. Cette r\u00e9flexion prendra pleinement forme dans les ann\u00e9es 1820 et 1830 \u00e0 travers la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration des \u00e9tudes juives fran\u00e7aises.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La seconde partie<\/strong>&nbsp;commence avec l\u2019Affaire Mortara en 1858, du nom d\u2019un gar\u00e7onnet juif enlev\u00e9 par les autorit\u00e9s pontificales et converti de force au christianisme, et s\u2019ach\u00e8ve avec l\u2019affaire Dreyfus \u00e0 la fin du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Les premi\u00e8res associations interreligieuses apparaissent alors \u00e0 la faveur d\u2019un divorce grandissant entre le Second Empire et l\u2019\u00c9glise catholique. Ses instigateurs se veulent les fondateurs d\u2019une morale civique nouvelle, lib\u00e9rale et pluraliste, mais qui demeure ancr\u00e9e dans une inspiration r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Il s\u2019agit n\u00e9anmoins d\u2019un pluralisme limit\u00e9 au juda\u00efsme et aux \u00c9glises chr\u00e9tiennes, qui c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des peuples colonis\u00e9s et \u00e9tablit une sup\u00e9riorit\u00e9 entre religions dites \u00ab&nbsp;bibliques&nbsp;\u00bb et autres religions, y compris l\u2019islam se r\u00e9clamant pourtant d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation commune. C\u2019est \u00e0 la fin du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, dans le contexte d\u2019un antis\u00e9mitisme grandissant et \u00e0 quelques ann\u00e9es de l\u2019Affaire Dreyfus, qu\u2019est forg\u00e9 le concept de \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb. Son auteur est un \u00e9crivain catholique lib\u00e9ral, Anatole Leroy-Beaulieu. La \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb appara\u00eet \u00e0 Leroy-Beaulieu comme l\u2019incarnation de la \u00ab&nbsp;civilisation fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb, la fraternit\u00e9 des religions juive et chr\u00e9tienne transposant, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des cultes, l\u2019id\u00e9e de fraternit\u00e9 entre les citoyens. Si l\u2019expression de \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb na\u00eet sous une plume chr\u00e9tienne, la conception des relations entre les deux religions qu\u2019elle traduit est h\u00e9rit\u00e9e tout enti\u00e8re de la pens\u00e9e juive fran\u00e7aise de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Leroy-Beaulieu n\u2019oppose plus, en effet, la rigueur de la \u00ab&nbsp;loi ancienne&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019esprit d\u2019amour des \u00c9vangiles. Il voit dans le particularisme de la loi juive la pr\u00e9misse de l\u2019\u00c9tat-nation r\u00e9volutionnaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie<\/strong>&nbsp;s\u2019ouvre avec la promulgation de la loi de s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat en 1905 et s\u2019ach\u00e8ve avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir du r\u00e9gime de Vichy en 1940, apr\u00e8s la chute de la troisi\u00e8me R\u00e9publique et la d\u00e9faite fran\u00e7aise face \u00e0 l\u2019Allemagne nazie. J\u2019y montre comment le concept de \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb va progressivement s\u2019\u00e9tendre aux vastes \u2013 et vagues \u2013 contours d\u2019une \u00ab&nbsp;civilisation europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;occidentale&nbsp;\u00bb. C\u2019est particuli\u00e8rement le cas au lendemain de la Premi\u00e8re Guerre mondiale qui constitue \u00e0 bien des \u00e9gards, pour les juifs fran\u00e7ais comme pour les autres minorit\u00e9s juives, l\u2019acte final de leur int\u00e9gration. De nombreux penseurs juifs reprennent alors le concept de \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb. Celui-ci ne fournit pas seulement une rh\u00e9torique unificatrice dans le combat contre le fascisme et le nazisme. Il se rattache directement aux valeurs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Ce sera encore au nom des valeurs r\u00e9publicaines et \u00ab&nbsp;jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes&nbsp;\u00bb que des personnalit\u00e9s juives et chr\u00e9tiennes, \u00e0 l\u2019image du juriste Ren\u00e9 Cassin et de philosophe Jacques Maritain, s\u2019engagent dans la R\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong><strong>Ouvrage en pr\u00e9paration<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>LA CIVILISATION JUDEO-CHRETIENNE OU LE MYTHE FONDATEUR DU MONDE DEMOCRATIQUE&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi voit-on dans des mondes que nous appelons \u00ab&nbsp;gr\u00e9co-romains&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;jud\u00e9o-chr\u00e9tiens&nbsp;\u00bb les sources de soci\u00e9t\u00e9s dites occidentales, les racines d\u2019une civilisation&nbsp;: la civilisation occidentale&nbsp;? On dira ainsi, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une \u00e9vidence, que la d\u00e9mocratie est d\u2019origine grecque. On dira encore que c\u2019est aux humanistes de la Renaissance que nous devons la conception moderne de l\u2019\u00eatre humain, lesdits humanistes l\u2019ayant puis\u00e9 dans leur lecture des Grecs et des Romains anciens ou dans celle de la Bible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On appelle couramment la p\u00e9riode dans laquelle ces penseurs ont v\u00e9cu la \u00ab&nbsp;Renaissance&nbsp;\u00bb, en imaginant donc que celle-ci est dans la continuit\u00e9 directe de l\u2019antiquit\u00e9 grecque et romaine, que celle-ci est une \u00ab&nbsp;nouvelle antiquit\u00e9&nbsp;\u00bb. On parle encore de red\u00e9couverte des textes des Anciens, comme si lesdits \u00ab&nbsp;Anciens&nbsp;\u00bb avaient \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9, plus d\u2019un mill\u00e9naire durant, et qu\u2019on les en avait retir\u00e9s presque intact pour leur donner une nouvelle jeunesse. On dira encore que la conception moderne des droits de l\u2019homme se trouve en \u00ab&nbsp;germe&nbsp;\u00bb dans le message \u00e9vang\u00e9lique ou dans la Bible tout enti\u00e8re, que la foi au Dieu unique serait \u00e0 la \u00ab&nbsp;source&nbsp;\u00bb de la croyance en l\u2019unit\u00e9 du genre humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 aussi, on imagine qu\u2019il y aurait une origine lointaine \u00e0 notre compr\u00e9hension actuelle du monde qui se serait fray\u00e9 un chemin, f\u00fbt-il sinueux, \u00e0 travers les si\u00e8cles. On s\u2019imagine de lointains anc\u00eatres et, parmi les tr\u00e8s nombreux peuples de l\u2019antiquit\u00e9, ce sont deux h\u00e9ritages en particulier que l\u2019on met en lumi\u00e8re, deux grandes sources qui auraient comme afflu\u00e9 l\u2019une vers l\u2019autre pour faire na\u00eetre la civilisation dite occidentale&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019h\u00e9ritage gr\u00e9co-romain&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;l\u2019h\u00e9ritage jud\u00e9o-chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Maints sp\u00e9cialistes de la Gr\u00e8ce antique ont montr\u00e9 que les Ath\u00e9niens de l\u2019antiquit\u00e9 n\u2019entendaient pas du tout la m\u00eame chose que les \u00eatres humains d\u2019aujourd\u2019hui par le mot de d\u00e9mocratie. Maints auteurs soulignent qu\u2019il n\u2019y a pas une, mais des \u00ab&nbsp;bibles&nbsp;\u00bb&nbsp;: une bible h\u00e9bra\u00efque qui est indissociable de ce que la tradition juive appelle la loi orale, le Talmud, une bible chr\u00e9tienne, qui n\u2019est pas la m\u00eame, par exemple, pour catholiques et protestants. Nombre d\u2019historiens t\u00e2chent encore de montrer, pour chacune des p\u00e9riodes et des espaces qu\u2019ils \u00e9tudient l\u2019extraordinaire diversit\u00e9 de ce que nous appelons dans la langue courante le \u00ab&nbsp;juda\u00efsme&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;christianisme&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;religion&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb. Ils seront alors sans cesse attentifs \u00e0 ne pas commettre ce qui est le p\u00e9ch\u00e9 premier de l\u2019historien&nbsp;: l\u2019anachronisme, soit la projection de cat\u00e9gories pr\u00e9sentes dans l\u2019\u00e9tude du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, pourtant, l\u2019id\u00e9e que la d\u00e9mocratie trouve sa source dans la Gr\u00e8ce antique demeure une id\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9pandue, jusque dans les manuels scolaires&nbsp;: un lieu commun. De m\u00eame, on parle commun\u00e9ment de Bible, au singulier, ou de r\u00e9cit, de texte biblique, y compris cette fois de mani\u00e8re tr\u00e8s courante parmi les historiens. On parle encore de Rome, de la Gr\u00e8ce et il ne sera g\u00e9n\u00e9ralement pas besoin de rajouter l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;antique&nbsp;\u00bb pour comprendre \u00e0 quelle p\u00e9riode nous nous r\u00e9f\u00e9rons. L\u2019id\u00e9e que le message \u00e9vang\u00e9lique ou que le D\u00e9calogue a une port\u00e9e universelle est une id\u00e9e commune sans que l\u2019on ne se demande si c\u2019est bien du m\u00eame \u00ab&nbsp;universel&nbsp;\u00bb dont nous parlons alors que celui de la D\u00e9claration universelle des droits de l\u2019homme, que celui de l\u2019expression \u00ab&nbsp;suffrage universel&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;civilisation universelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment alors expliquer que les Grecs et les Romains, d\u2019une part, les juifs et les chr\u00e9tiens de l\u2019autre, apparaissent comme les grands \u00ab&nbsp;anc\u00eatres&nbsp;\u00bb des soci\u00e9t\u00e9s occidentales ? Pourquoi ces soci\u00e9t\u00e9s ne se sont pas choisies d\u2019autres anc\u00eatres&nbsp;? Y aurait-il pour chaque \u00e9poque des sens si divers des mots&nbsp;que toute comparaison, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la longue dur\u00e9e, est impossible ? Ou serait-il possible de saisir la diff\u00e9rence entre le sens que les Grecs donnaient \u00e0 la d\u00e9mocratie et le sens que nous lui donnons, ou du moins de s\u2019en rapprocher&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Serait-il possible de comprendre ce qui distingue le commandement biblique d\u2019amour du prochain de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits entre les hommes&nbsp;des d\u00e9mocraties modernes ? Pourrait-on expliquer comment nous sommes pass\u00e9s d\u2019un sens de la d\u00e9mocratie \u00e0 un autre, d\u2019un sens de la religion \u00e0 un autre, d\u2019un sens de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 un autre, d\u2019un sens de l\u2019universel \u00e0 un autre ? Si une telle chose est possible, ne serions-nous pas \u00e0 m\u00eame de comprendre pourquoi les soci\u00e9t\u00e9s dites occidentales continuent de se rattacher \u00e0 une civilisation dite gr\u00e9co-romaine et \u00e0 une autre dite jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, fussent-ils de simples repr\u00e9sentations de l\u2019esprit&nbsp;? C\u2019est \u00e0 de telles questions que ce livre va t\u00e2cher de r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Articles dans des revues \u00e0 comit\u00e9s de lecture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Conversions et convertis dans la France de la Restauration&nbsp;\u00bb<\/strong>,&nbsp;<em>Histoire. Economie et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, novembre 2022.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Ex\u00e9g\u00e8se biblique, institutionnalisation du pluralisme religieux et construction de la la\u00efcit\u00e9 \u00bb<\/strong>,&nbsp;<em>Revue d\u2019histoire du protestantisme<\/em>, octobre-novembre- d\u00e9cembre 2019, p.535-551.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.jstor.org\/stable\/44851002?seq=1\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Cet article, qui reprend des conclusions de ma th\u00e8se, se construit autour de deux axes. Je montre, dans un premier temps, comment l\u2019ex\u00e9g\u00e8se juive et chr\u00e9tienne de la Bible au XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle se construit en relation constante avec l\u2019int\u00e9gration politique et sociale des deux communaut\u00e9s. Dans un second temps, je mets au jour les liens qui unissent la construction de la la\u00efcit\u00e9 fran\u00e7aise telle qu\u2019elle appara\u00eet \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle et l\u2019institutionnalisation du pluralisme juif et chr\u00e9tien qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis l\u2019Empire. De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019on a pu parler de \u00ab&nbsp;syncr\u00e9tisme la\u00efco-chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;christianitude&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer l\u2019enracinement de la la\u00efcit\u00e9 dans un univers mental chr\u00e9tien, en particulier \u00e0 travers la reprise partielle du calendrier chr\u00e9tien, j\u2019en viens \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019on peut parler d\u2019une dimension \u00ab&nbsp;jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb, de la la\u00efcit\u00e9. Celle-ci est certes d\u2019origine plus r\u00e9cente, mais ses effets se font sentir jusque dans la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, \u00e0 travers le traitement diff\u00e9renci\u00e9 des populations juives et musulmanes originaires d\u2019Afrique du Nord en France m\u00e9tropolitaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Gen\u00e8se de la \u2018morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne\u2019 : \u00e9tude sur l\u2019origine d\u2019une expression dans le monde intellectuel \u00bb<\/strong>,&nbsp;<em>Revue de l\u2019histoire des religions<\/em>, 2014\/1, pp.85-133.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Article s\u00e9lectionn\u00e9 par le Centre National du Livre pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une traduction et d\u2019une publication en anglais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Version fran\u00e7aise&nbsp;:&nbsp;<\/em><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rhr\/7835\"><em>https:\/\/journals.openedition.org\/rhr\/7835<\/em><\/a><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Version anglaise&nbsp;:&nbsp;<\/em><a href=\"http:\/\/www.cairn-int.info\/article-E_RHR_2291_0085--the-genesis-of-judeo-christian-%20morality.htm\"><em>http:\/\/www.cairn-int.info\/article-E_RHR_2291_0085&#8211;the-genesis-of-judeo-christian- morality.htm<\/em><\/a><em>&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude se penche en profondeur sur cette d\u00e9clinaison particuli\u00e8re du concept \u00ab&nbsp;jud\u00e9o-chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb qu\u2019est la \u00ab&nbsp;morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb, notamment \u00e0 partir des \u0153uvres de Nietzsche. Le philosophe allemand fait de la morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne (<em>j\u00fcdische-christliche&nbsp;Moral<\/em>) la source mortif\u00e8re du sentiment de culpabilit\u00e9. Je montre que derri\u00e8re cette critique d\u2019ordre psychologique, se cachent une critique politique de l\u2019id\u00e9e d\u00e9mocratique m\u00eame et une opposition au r\u00e9publicanisme fran\u00e7ais. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1880, le concept de \u00ab&nbsp;morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb se trouve, en effet, au c\u0153ur des d\u00e9bats entre politique et religion dans le monde intellectuel : la morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne devient, pour les uns, l\u2019arch\u00e9type d\u2019une morale pervertie, et pour les autres, le socle des valeurs de la tradition lib\u00e9rale. C\u2019est, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des juifs et, \u00e0 travers elle, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de la R\u00e9volution fran\u00e7aise que la morale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne se trouve syst\u00e9matiquement associ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Joseph Salvador, penseur lib\u00e9ral et apologiste du juda\u00efsme \u00bb<\/strong>,&nbsp;<em>Revue des \u00e9tudes juives<\/em>, juin-d\u00e9cembre 2013, v.172\/4, p.325-349<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps oubli\u00e9e, l\u2019\u0153uvre de l\u2019historien fran\u00e7ais Joseph Salvador a fait l\u2019objet ces derni\u00e8res d\u00e9cennies d\u2019interpr\u00e9tations contradictoires : \u00ab proto-sioniste \u00bb pour les uns, chantre de l\u2019\u00ab&nbsp;assimilation \u00bb pour les autres. Je cherche \u00e0 montrer ici que Salvador est d\u2019abord un apologiste de la Synagogue fran\u00e7aise, telle que Napol\u00e9on et les membres du \u00ab&nbsp;Grand Sanh\u00e9drin&nbsp;\u00bb l\u2019ont \u00e9difi\u00e9e&nbsp;: il n\u2019est autre que le tout premier th\u00e9oricien du r\u00e9publicanisme juif. La pens\u00e9e de cet auteur, rest\u00e9 \u00e0 la marge de la communaut\u00e9 juive, a durablement influenc\u00e9 des figures importantes du juda\u00efsme fran\u00e7ais \u00e9mancip\u00e9, depuis les saint-simoniens juifs des ann\u00e9es 1820 et 1830 jusqu\u2019au grand orientaliste James Darmesteter \u00e0 la toute fin du si\u00e8cle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab \u00catre juif et catholique. La \u00ab question juive \u00bb et les intellectuels catholiques fran\u00e7ais issus du juda\u00efsme, 1898-1940 \u00bb,<\/strong>&nbsp;<em>Archives Juives, Revue d\u2019histoire des Juifs de France<\/em>, n\u00b044, mars 2012, pp.106- 122 (<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-archives-juives1-2011-1-page-106.htm?contenu=resume\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-archives-juives1-2011-1-page-106.htm?contenu=resume<\/a>&nbsp;).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article s\u2019appuie sur l\u2019\u00e9tude de r\u00e9cits de conversion d\u2019une vingtaine de personnalit\u00e9s juives fran\u00e7ais, de l\u2019\u00e9crivain Albert Lopez en 1898 au c\u0153ur de l\u2019Affaire Dreyfus, au futur cardinal Lustiger qui re\u00e7oit le bapt\u00eame en 1940, alors adolescent, r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Orl\u00e9ans. Citons, parmi les autres personnalit\u00e9s \u00e9tudi\u00e9es, Ra\u00efssa Maritain, l\u2019\u00e9pouse du philosophe Jacques Maritain, ou encore l\u2019orientaliste, d\u2019origine \u00e9gyptienne, Jean de Menasce, qui entre dans l\u2019ordre dominicain. Ces hommes et femmes affirment ne pas abandonner d\u00e9finitivement la religion de leurs p\u00e8res. Au contraire, la foi juive, autrefois m\u00e9pris\u00e9e, devient au sein de l\u2019\u00c9glise un titre de noblesse. Les convertis se revendiquent fi\u00e8rement \u00ab&nbsp;juifs chr\u00e9tiens&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019image du cardinal Jean-Marie Lustiger qui garde son nom de circoncision Aron. Cette double appartenance interroge la nature de l\u2019\u00ab&nbsp;\u00eatre-juif&nbsp;\u00bb en France au tournant du XX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle : elle r\u00e9v\u00e8le l\u2019ampleur des s\u00e9ductions catholiques aupr\u00e8s d\u2019une communaut\u00e9 qui s\u2019est construite sur le mod\u00e8le de la religion majoritaire, mais \u00e9galement la persistance d\u2019une identit\u00e9 juive, confessionnelle et \u00ab&nbsp;ethnique&nbsp;\u00bb, qui imprime sa marque sur la vocation chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Joseph Salvador, le premier historien juif moderne du christianisme \u00bb<\/strong>,&nbsp;<em>Revue d\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise de France<\/em>, t.98, n\u00b0239, juin-d\u00e9cembre 2012, pp.355-371.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article se penche sur un dernier aspect de l\u2019\u0153uvre de Salvador. Il cherche \u00e0 \u00e9valuer sa place dans l\u2019histoire de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se critique de la Bible et dans le mouvement dit de \u00ab&nbsp;red\u00e9couverte&nbsp;\u00bb de la jud\u00e9it\u00e9 de J\u00e9sus au sein du monde juif, inaugur\u00e9 par le talmudiste Jacob Emden et le philosophe Moses Mendelssohn dans l\u2019Allemagne de la seconde moiti\u00e9 du XVIII<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Salvador y appara\u00eet comme une figure tout \u00e0 fait singuli\u00e8re qui s\u2019ancre dans une tradition de pens\u00e9e r\u00e9solument r\u00e9publicaine et influence profond\u00e9ment les \u00e9tudes juives fran\u00e7aises, tout particuli\u00e8rement la premi\u00e8re traduction de la Bible en fran\u00e7ais men\u00e9e par Samuel Cahen.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;\u00ab Une controverse jud\u00e9o-chr\u00e9tienne dans la France du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle : l\u2019\u0153uvre scandaleuse de Joseph Salvador \u00bb<\/strong>,&nbsp;<em>Revue d\u2019histoire du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle<\/em>, n\u00b043, 2011\/2, pp.117-133 (<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/rh19\/4163\">https:\/\/journals.openedition.org\/rh19\/4163<\/a>&nbsp;).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 un \u00e9pisode m\u00e9connu qui semble raviver, en plein XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, la vieille controverse m\u00e9di\u00e9vale entre juifs et chr\u00e9tiens. Salvador engage dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de la Restauration une relecture singuli\u00e8re des origines du christianisme. Sous un r\u00e9gime qui a r\u00e9tabli le catholicisme dans sa dignit\u00e9 de religion d\u2019\u00c9tat, l\u2019historien juif a l\u2019audace d\u2019affirmer que la condamnation \u00e0 mort de J\u00e9sus par le tribunal h\u00e9breu du Sanh\u00e9drin, telle que les \u00c9vangiles la relate, est parfaitement l\u00e9gale au regard du droit mosa\u00efque. Profond\u00e9ment heurt\u00e9e, l\u2019opinion catholique rel\u00e8ve le d\u00e9fi de ce nouvel \u00ab ennemi de la Religion \u00bb. Cette controverse se place d\u2019abord sur un terrain politique puisque Salvador utilise l\u2019histoire sainte pour l\u00e9gitimer la cause du parti lib\u00e9ral face aux d\u00e9fenseurs d\u2019un mod\u00e8le th\u00e9ocratique ; mais, rapidement, le d\u00e9bat s\u2019engage sur le champ religieux et pose les fondements modernes du diff\u00e9rend jud\u00e9o-chr\u00e9tien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>OUVRAGES COLLECTIFS (CONTRIBUTION)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Histoire des juifs de France, de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours&nbsp;<\/em><\/strong><strong>(<\/strong>sous la direction de Sylvie-Anne Goldberg), Paris, Albin Michel, avril 2023, \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Chapitre&nbsp;: \u00catre fran\u00e7ais de confession isra\u00e9lite au XIXe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Isra\u00e9lite&nbsp;\u00bb avait \u00e9t\u00e9 le nom que les juifs fran\u00e7ais, ou du moins leurs dirigeants, s\u2019\u00e9taient choisi au tournant du XVIIIe si\u00e8cle et du XIXe si\u00e8cle. Il y a ainsi eu les \u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais isra\u00e9lites&nbsp;\u00bb, bien avant qu\u2019il y ait eu les \u00ab&nbsp;isra\u00e9liens&nbsp;\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui. Les premiers \u00e9taient des citoyens fran\u00e7ais, quand les seconds \u00e9taient des citoyens de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl. Tout les oppose en apparence, d\u2019autant plus que bien rares ont \u00e9t\u00e9 les juifs \u00e0 quitter la France pour ce bout de terre qui s\u2019appellera d\u2019abord \u00ab&nbsp;Palestine&nbsp;\u00bb, puis \u00ab&nbsp;Isra\u00ebl&nbsp;\u00bb &#8211; du moins avant une p\u00e9riode tr\u00e8s r\u00e9cente. Mais, un lien tr\u00e8s intime unit les Fran\u00e7ais isra\u00e9lites et les juifs qui ont fond\u00e9 l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl. Tous deux voulaient en finir avec l\u2019exil, la Galouth en h\u00e9breu \u2013 la Galouth, ce n\u2019\u00e9tait pas seulement un peuple dispers\u00e9 aux quatre vents comme pour \u00ab&nbsp;ensemencer&nbsp;\u00bb le monde. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement une&nbsp;diaspora&nbsp;; c\u2019\u00e9tait un exil au sens le profond, un exil physique, un exil int\u00e9rieur aussi, un arrachement \u00e0 une origine. Ce mot d\u2019\u00ab Isra\u00ebl&nbsp;\u00bb charriait ainsi avec lui tout un imaginaire : celui de la r\u00e9surrection d\u2019un peuple qui n\u2019avait cess\u00e9 de se d\u00e9placer de lieu en lieu, qui avait trouv\u00e9 des asiles, mais toujours pour des temps et \u00e0 des conditions d\u00e9termin\u00e9es, d\u2019un peuple enfin qui n\u2019avait jamais \u00e9teint l\u2019espoir de trouver \u2013 ou de retrouver, \u00e0 ses yeux \u2013 sa terre promise. Pour les Fran\u00e7ais isra\u00e9lites, cette terre a \u00e9t\u00e9 la France, la France issue de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et peut-\u00eatre plus encore, nous allons le voir, de l\u2019Empire napol\u00e9onien. Car la France avait \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re nation, en Europe, \u00e0 donner la citoyennet\u00e9 aux juifs.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Encadr\u00e9&nbsp;: Joseph Salvador<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9mergence de la \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb. Perspectives nouvelles sur l\u2019\u00e9criture du juda\u00efsme \u00e9mancip\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong>, dans&nbsp;<em>Comment s\u2019\u00e9crit l\u2019histoire juive&nbsp;?<\/em>&nbsp;(sous la direction de Sylvie-Anne Goldberg), Paris, Albin Michel, 2021, pp.48-61.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude vient conforter, dans un premier temps, une historiographie juive qui se montre de plus en plus attentive aux interactions entre les diff\u00e9rentes cultures religieuses du Moyen \u00c2ge \u00e0 nos jours et qui situe le dialogue interreligieux, non \u00e0 la marge de l\u2019histoire des communaut\u00e9s, mais comme r\u00e9v\u00e9lateurs de mouvements bien plus amples en son sein. Je montre, dans un second temps, en quoi l\u2019\u00e9tude des relations jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes dans la France contemporaine, et singuli\u00e8rement celle du concept \u00ab&nbsp;jud\u00e9o-chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb, \u00e9claire sous un jour nouveau la comparaison classique entre processus d\u2019\u00e9mancipation en France et en Allemagne. J\u2019interroge, en particulier, la th\u00e8se de l\u2019historienne Leora Batnitzky selon laquelle les penseurs juifs modernes ont int\u00e9rioris\u00e9, \u00e0 partir de l\u2019\u0153uvre de Mendelssohn, une d\u00e9finition pi\u00e9tiste protestante de la religion qui se centre sur la dimension personnelle de la foi. Cette approche semble convenir pour cette \u00ab&nbsp;symbiose jud\u00e9o-allemande&nbsp;\u00bb que les penseurs juifs allemands ont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment recherch\u00e9e autour de la red\u00e9finition du juda\u00efsme en tant qu\u2019\u00e9thique personnelle. Mais, c\u2019est en France, \u00e0 partir d\u2019une acception collective de la religion, dont l\u2019unit\u00e9 est \u00e0 l\u2019image de celle de la nation, que la communaut\u00e9 juive se construit. La \u00ab&nbsp;gen\u00e8se&nbsp;\u00bb de la \u00ab&nbsp;civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb place ainsi l\u2019analyse fine des relations entre communaut\u00e9s religieuses et l\u2019\u00c9tat-nation au c\u0153ur de la recherche historique sur le juda\u00efsme \u00e9mancip\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Judeo-Christianity&nbsp;<\/strong>\u00bb<strong>&nbsp;and \u00ab&nbsp;Islam&nbsp;<\/strong>\u00bb<strong>. The Origins of the notion of \u00ab Clash of Civilizations&nbsp;<\/strong>\u00bb, dans&nbsp;<em>Judeo-Christianity and Islam: Contested narratives<\/em>&nbsp;(\u00e9d.&nbsp;Matthias Smalbrugge), Turnhout, Brepols, novembre 2020, \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Convertis et conversion dans l\u2019histoire contemporaine des relations entre la Synagogue et les \u00c9glises chr\u00e9tiennes \u00bb<\/strong>, dans&nbsp;<em>Entre juda\u00efsme et christianisme : Les conversions en Europe<\/em>&nbsp;(sous la direction de Paola Ferruta, Martin Dumont, Daniel Tollet), Paris-Louvain-Bristol, Peeters, 2019, pp.97-118.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;\u00ab De la distinction entre antijuda\u00efsme et antis\u00e9mitisme. Les auteurs juifs dans la Revue&nbsp;<em>Esprit&nbsp;<\/em>face au nazisme, Emmanuel Levinas et Georges Z\u00e9rapha \u00bb<\/strong>, dans&nbsp;<em>L\u2019antijuda\u00efsme \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la th\u00e9ologie et de la philosophie<\/em>&nbsp;(sous la direction de Danielle Cohen-Levinas et Antoine Guggenheim), Paris, \u00c9ditions du Seuil, Collection \u00ab Le Genre Humain \u00bb, 2016, pp.&nbsp;295-310.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;\u00ab Adolphe Franck et le christianisme \u00bb,<\/strong>&nbsp;dans&nbsp;<em>Adolphe Franck, juif, philosophe, lib\u00e9ral dans la France du XIX<sup>.<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle&nbsp;<\/em>(sous la direction de J\u00e9r\u00f4me Grondeux et Jean-Pierre Rothschild), Turnhout, Brepols, Collection de la \u00ab Biblioth\u00e8que de l\u2019\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes, Sciences religieuses \u00bb, 2013, pp.153-172.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;La question de la transmission dans le juda\u00efsme \u00bb<\/strong>, dans&nbsp;<em>La transmission religieuse, entre continuit\u00e9 et rupture&nbsp;<\/em>(sous la direction de Bruno B\u00e9thouart et Christine Meng\u00e8s-Le-Pape), Boulogne, Cahiers du littoral de l\u2019Universit\u00e9 du littoral c\u00f4te d\u2019Opale, 2012, pp.165-178.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Les cultes chr\u00e9tiens, mod\u00e8les ou repoussoirs du juda\u00efsme \u00e9mancip\u00e9 ? \u00bb<\/strong>, dans&nbsp;<em>Juifs et chr\u00e9tiens \u00e0 travers l\u2019histoire : entre conflits et filiations&nbsp;<\/em>(sous la direction de Pierre-Yves Kirschleger et Bruno B\u00e9thouart), Boulogne, Cahiers du littoral de l\u2019Universit\u00e9 du littoral c\u00f4te d\u2019Opale, 2012, p.197-218.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Compte-rendu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Romantisme, Revue du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, n\u00b0152, 2011\/2 : compte rendu de l\u2019ouvrage de Nicole Savy,&nbsp;<em>Les Juifs des romantiques. Le discours de la litt\u00e9rature sur les Juifs de Chateaubriand \u00e0 Hugo<\/em>, Paris, Belin, 2010<\/p>\n\n\n\n<h4><strong>Entretiens et conf\u00e9rences film\u00e9s (s\u00e9lection)<\/strong>&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<p><em>Plus fran\u00e7ais que les fran\u00e7ais. Les \u00ab\u00a0anc\u00eatres juifs\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00c9ric Zemmour<\/em>, avec Steve Jourdin, pour le site Akadem, Paris, novembre 2021 (plus de 200000 vues)<\/p>\n\n\n\n<p>Lien Facebook :&nbsp;<a href=\"https:\/\/fb.watch\/9bKMjJfC7g\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/fb.watch\/9bKMjJfC7g\/<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lien Youtube :&nbsp;<a href=\"https:\/\/youtu.be\/tDyPq7d7T7g\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/youtu.be\/tDyPq7d7T7g<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Lien Akadem :&nbsp;<a href=\"https:\/\/akadem.org\/magazine\/magazine-culturel-2021-2022\/les-ancetres-juifs-de-zemmour\/45837.php\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/akadem.org\/magazine\/magazine-culturel-2021-2022\/les-ancetres-juifs-de-zemmour\/45837.php<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Napol\u00e9on et les juifs. Votre religion est-elle la France ?<\/em>\u00ab\u00a0, avec Steve Jourdin, pour le site Akadem, Paris, mai 2021 (plus de 250000 vues)<\/p>\n\n\n\n<p>Lien Facebook :&nbsp;<a href=\"https:\/\/fb.watch\/9bKPuqd-47\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/fb.watch\/9bKPuqd-47\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Lien Youtube :&nbsp;<a href=\"https:\/\/youtu.be\/uzZqHVXOe5Q\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/youtu.be\/uzZqHVXOe5Q<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Lien Akadem :&nbsp;<a href=\"https:\/\/akadem.org\/magazine\/magazine-culturel-2020-2021\/une-suspicion-de-separatisme\/45523.php\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/akadem.org\/magazine\/magazine-culturel-2020-2021\/une-suspicion-de-separatisme\/45523.php<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Adolphe Franck, spiritualisme, droit des gens et relations entre \u00c9glises et \u00c9tat<\/em>, Coll\u00e8ge de France, juin 2021<\/p>\n\n\n\n<p>Lien Coll\u00e8ge de France :&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.college-de-france.fr\/site\/antoine-compagnon\/symposium-2021-06-22-15h40.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.college-de-france.fr\/site\/antoine-compagnon\/symposium-2021-06-22-15h40.htm<\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment le hasard influence l&rsquo;histoire humaine ?<\/em>, Congr\u00e8s Timesworld, Paris, 2021<\/p>\n\n\n\n<p>Lien Youtube :&nbsp;<a href=\"https:\/\/youtu.be\/6vyc3VELGT8\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/youtu.be\/6vyc3VELGT8<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lui \u00e9crire Joel SEBBAN&nbsp;History of relations between politics and religion in Modern TimesHistory of dialogue between Jews, Christians, and Muslims in France, the United States and Israel&nbsp; Keywords : Secularism, Interfaith dialogue, \u00ab\u00a0Judeo-Christian\u00a0\u00bb concept, France, Israel, the United States, Judaism, Christianity, Islam, Politics, ReligionList of publications \/ Publications \u00b7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ouvrage LA NAISSANCE DE LA SYNAGOGUE FRANCAISE. \u00ab&nbsp;CIVILISATION [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":16459,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16458"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16458"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16458\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16465,"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/16458\/revisions\/16465"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16459"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.crfj.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16458"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}