Mission Atlit : un cimetière franc du xiiie siècle

Du 8 au 26 mai 2019 la mission Atlit, dirigée par Y. Gleize (Inrap, UMR 5199 PACEA), a conduit sa cinquième campagne de fouilles sur le site du cimetière de Château-Pèlerin, avec le soutien financier appuyé du CRFJ, de l’UMR 5199, et de la commission des fouilles du MEAE. La mission reçoit également le soutien de l’Israel Antiquity Authorities et du Hof-Hacarmel regional council depuis 2015. Le cimetière d’Atlit est le plus grand cimetière conservé de l’Orient latin. Il se situe à proximité du Château Pèlerin, édifice bâti entre 1217 et 1218 durant la cinquième croisade et confié à l’ordre des Templiers en 1220.

Le cimetière d’Atlit présente, de par sa conservation et son étendue, les conditions idéales pour l’étude systématique d’un cimetière du Royaume franc de Jérusalem. Après une expertise du site en 2014 et la réalisation de sondages ponctuels de 2015 à 2017, les premières données archéologiques ont confirmé l’exceptionnel potentiel du site sur son apport concernant la connaissance des pratiques funéraires et l’organisation des espaces funéraires de l’Orient latin. Afin de poursuivre la dynamique mise en place par ces premières missions et consolider les nombreuses collaborations avec les acteurs locaux, une mission quadriennale soutenue par la commission des fouilles du MEAE a été ouverte en 2018. L’objectif de ces quatre années est la fin de la fouille de secteurs présentant des différences dans l’implantation des tombes et la nature de leur marqueur de surface. Les premières observations montrent l’existence d’une gestion de l’espace funéraire distincte.

En 2015, trois secteurs distincts avaient été choisis suivant les différences typologiques constatées et la densité des marqueurs de surface conservés ; six tombes avaient été fouillées. En 2016 et 2017, les fouilles ont porté sur le secteur 2, caractérisé par une grande diversité typologique et par de nombreux recoupements de tombes permettant d’apporter des éléments de chronologie relative. La découverte de nouvelles tombes non marquées et d’ossements en position secondaire confirme la très forte densité des inhumations. Des éléments nouveaux permettent une meilleure compréhension des systèmes de fermeture des fosses, ainsi que de la gestion des ossements déplacés. Parmi les découvertes significatives, on signalera un nouveau cas de traces de violence ; la mise au jour d’un cercueil cloué contenant les dépouilles de deux enfants décédés en bas âge ; la mise au jour d’une pointe métallique, vraisemblablement l’extrémité d’un bâton de pèlerin, associée à la dépouille d’une personne âgée inhumée en position de prière, les mains croisées sur la poitrine.

Une fenêtre d’opportunité est aujourd’hui ouverte avec Atlit pour conduire une étude ambitieuse d’archéologie funéraire en Israël – domaine d’investigation resté très limité dans un pays où de forts tabous religieux entourent généralement les tombes. Ajoutons qu’en 2018, s’est tenu à l’Université de Haïfa le colloque international “The Latin East in the 13th Century”, en lien avec le huitième centenaire de la construction du château d’Atlit.

Ces résultats montrent toute l’importance de poursuivre l’exploration archéologique du cimetière d’Atlit en raison de la qualité des vestiges. L’objectif du projet quadriennal est la poursuite de la fouille des trois secteurs ouverts afin de travailler sur des zones d’inhumations distinctes mais aussi d’analyser les données biologiques (âge, sexe), les traumatismes liés à de possibles évènements belliqueux et ainsi de discuter le statut des défunts. Outre l’analyse proprement dite des pratiques funéraires, la particularité de ce site exceptionnel permet de s’interroger sur son organisation et son recrutement. Le croisement des données archéologiques et anthropologiques permettra d’analyser les transformations que le site a connues. La proximité du Château Pèlerin et les dalles observées (certaines monumentales) posent ainsi de nombreuses questions concernant l’identité des inhumés. Quelle part de la population a eu accès au cimetière ? Quelle est la place des femmes et des enfants dans ce contexte ? Est-ce que l’on a inhumé des communautés distinctes ? Est-ce que toutes les tombes peuvent être reliées à l’occupation chrétienne du site ?

La campagne 2018 a permis de poursuivre la fouille d’un secteur 2, caractérisé par la présence de tombes monumentales, de réaliser un relevé topographique, et de reprendre l’exploration du secteur 1 où seules deux tombes avaient été fouillées en 2015. Les premiers résultats de la première année du quadriennal ont été à la hauteur des attentes. Les éléments mis au jour permettent de préciser les restaurations britanniques, d’observer de nouveaux marqueurs de surface, d’obtenir de nouveaux éléments inédits sur les funérailles et les modes d’inhumations de l’Orient latin et d’affiner les données sur l’identité des défunts. Le mobilier confirme une datation XIIIe s. des sépultures. Les données archéo-anthropologiques ont permis clairement une meilleure compréhension du secteur 2 que cela soit concernant sa stratigraphie, la typologie des tombes et des pratiques funéraires ou son organisation. Ce secteur témoignerait d’un espace réservé pour un groupe particulier au sein du cimetière. Cette distinction semble confirmer par la fouille du secteur 1 qui défère par le recrutement des défunts accueilli dans la zone et certaines pratiques.

La campagne 2019 s’est concentrée sur la poursuite de la fouille du secteur 1. Elle a permis sur 25 m² de préciser l’utilisation de l’espace funéraire. Si la mise en évidence de nombreux recoupements a permis de nuancer certaines hypothèses proposées jusqu’à maintenant, la découverte de mobilier (vaisselle, pendentif…) et l’identité biologique ont confirmé la distinction observée avec le secteur 2. Un premier travail universitaire sur les pratiques funéraires du secteur 1 a également été soutenu dans le cadre du Master 2 à l’université de Bordeaux par C. Lacourarie.

Les différences mises en évidence posent la question de l’identité des défunts. Par ailleurs, le cimetière d’Atlit est un ensemble surdimensionné par rapport au site du Château Pèlerin et il est nécessaire de discuter l’origine des défunts (pèlerins, population locale…). La réalisation de premières analyses paléogénétiques permettront de proposer des éléments de réponses.

Afin de travailler à l’échelle du site mais aussi de l’intégrer dans son territoire proche, un relevé topographique précis du site a été engagé ainsi que la mise en place d’un Système d’Information Géographique. Cet outil permettra de centraliser les données anciennes des fouilles et d’intégrer les résultats des fouilles récentes. Un relevé du site couplé aux données de fouilles permettra un essai de restitution du cimetière.

Nous avons enfin continué nos actions de communication autour du site par des visites et des présentations grand public. Plusieurs médias ont également relié les travaux de la mission dans la presse et sur internet. Les prochaines missions permettront de poursuivre l’analyse des secteurs 1 et 2 en priorité. Des sondages seront également réalisés au niveau des murs de clôture et de la route potenti

Mission Atlit : un cimetière franc du xiiie siècle

Du 21 mai au 8 juin 2018 la mission Atlit, dirigée par Y. Gleize (Inrap, UMR 5199 PACEA),  conduira une troisième campagne de fouilles sur le site du cimetière de Château-Pèlerin, avec le soutien financier appuyé du CRFJ, de l’UMR 5199, et de la commission des fouilles du MEAE.

Le cimetière d’Atlit présente, de par sa conservation et son étendue, les conditions idéales pour l’étude systématique d’un cimetière du Royaume franc de Jérusalem. En 2015, trois secteurs distincts avaient été choisis suivant les différences typologiques constatées et la densité des marqueurs de surface conservés ; six tombes avaient été fouillées. En 2016, les fouilles ont porté sur le secteur 2, caractérisé par une grande diversité typologique et par de nombreux recoupements de tombes permettant d’apporter des éléments de chronologie relative. La découverte de nouvelles tombes non marquées et d’ossements en position secondaire confirme la très forte densité des inhumations. Des éléments nouveaux permettent une meilleure compréhension des systèmes de fermeture des fosses, ainsi que de la gestion des ossements déplacés. Parmi les découvertes significatives, on signalera un nouveau cas de traces de violence ; la mise au jour d’un cercueil cloué contenant les dépouilles de deux enfants décédés en bas âge ; la mise au jour d’une pointe métallique, vraisemblablement l’extrémité d’un bâton de pèlerin, associée à la dépouille d’une personne âgée inhumée en position de prière, les mains croisées sur la poitrine.

Ces premiers résultats montrent toute l’importance de poursuivre l’exploration archéologique du cimetière d’Atlit en raison de la qualité des vestiges. L’objectif du projet quadriennal est la poursuite de la fouille des trois secteurs ouverts afin de travailler sur des zones d’inhumations distinctes mais aussi d’analyser les données biologiques (âge, sexe), les traumatismes liés à de possibles évènements belliqueux et ainsi de discuter le statut des défunts. Outre l’analyse proprement dite des pratiques funéraires, la particularité de ce site exceptionnel permet de s’interroger sur son organisation et son recrutement. Le croisement des données archéologiques et anthropologiques permettra d’analyser les transformations que le site a connues. La proximité du Château Pèlerin et les dalles observées (certaines monumentales) posent ainsi de nombreuses questions concernant l’identité des inhumés. Quelle part de la population a eu accès au cimetière ? Quelle est la place des femmes et des enfants dans ce contexte ? Est-ce que l’on a inhumé des communautés distinctes ? Est-ce que toutes les tombes peuvent être reliées à l’occupation chrétienne du site ?

Quelques exemples de tombes fouillées sur le site

La campagne 2016, malgré sa brièveté (six jours) a confirmé la faisabilité du projet, la conservation remarquable des restes osseux et la densité très importante des inhumations. Ces travaux ont suscité un grand intérêt de la part de l’IAA et des archéologues israéliens, ainsi que des communautés et institutions locales à Atlit et Haïfa. Comme en 2015, Y. Gleize a donné le 22 juin 2016 une conférence à l’Institut français de Haïfa sur “Le cimetière franc d’Atlit : bilan des fouilles 2015 et premières données de la campagne 2016”.

Une fenêtre d’opportunité est aujourd’hui ouverte avec Atlit pour conduire une étude ambitieuse d’archéologie funéraire en Israël – domaine d’investigation resté très limité dans un pays où de forts tabous religieux entourent généralement les tombes. Ajoutons qu’en 2018, se tiendra à l’Université de Haïfa le colloque international “The Latin East in the 13th Century”, en lien avec le huitième centenaire de la construction du château d’Atlit. Il est d’autant plus regrettable que la mission “Cimetière des croisés d’Atlit” n’ait pas été retenue, pour la troisième année consécutive, par la Commission consultative des recherches archéologiques du MAEDI.