Mission Atlit : un cimetière franc du xiiie siècle

La mission Atlit, dirigée par Y. Gleize (Inrap, UMR 5199 PACEA) a conduit en juin 2016 une deuxième campagne de fouilles sur le site du cimetière de Château-Pèlerin, avec un soutien financier appuyé du CRFJ et de l’UMR 5199, en l’absence d’autre financement public.

Le cimetière d’Atlit présente, de par sa conservation et son étendue, les conditions idéales pour l’étude systématique d’un cimetière du Royaume franc de Jérusalem. En 2015, trois secteurs distincts avaient été choisis suivant les différences typologiques constatées et la densité des marqueurs de surface conservés ; six tombes avaient été fouillées. En 2016, les fouilles ont porté sur le secteur 2, caractérisé par une grande diversité typologique et par de nombreux recoupements de tombes permettant d’apporter des éléments de chronologie relative. La découverte de nouvelles tombes non marquées et d’ossements en position secondaire confirme la très forte densité des inhumations. Des éléments nouveaux permettent une meilleure compréhension des systèmes de fermeture des fosses, ainsi que de la gestion des ossements déplacés. Parmi les découvertes significatives, on signalera un nouveau cas de traces de violence ; la mise au jour d’un cercueil cloué contenant les dépouilles de deux enfants décédés en bas âge ; la mise au jour d’une pointe métallique, vraisemblablement l’extrémité d’un bâton de pèlerin, associée à la dépouille d’une personne âgée inhumée en position de prière, les mains croisées sur la poitrine.

Ces premiers résultats montrent toute l’importance de poursuivre l’exploration archéologique du cimetière d’Atlit en raison de la qualité des vestiges. L’objectif du projet quadriennal est la poursuite de la fouille des trois secteurs ouverts afin de travailler sur des zones d’inhumations distinctes mais aussi d’analyser les données biologiques (âge, sexe), les traumatismes liés à de possibles évènements belliqueux et ainsi de discuter le statut des défunts. Outre l’analyse proprement dite des pratiques funéraires, la particularité de ce site exceptionnel permet de s’interroger sur son organisation et son recrutement. Le croisement des données archéologiques et anthropologiques permettra d’analyser les transformations que le site a connues. La proximité du Château Pèlerin et les dalles observées (certaines monumentales) posent ainsi de nombreuses questions concernant l’identité des inhumés. Quelle part de la population a eu accès au cimetière ? Quelle est la place des femmes et des enfants dans ce contexte ? Est-ce que l’on a inhumé des communautés distinctes ? Est-ce que toutes les tombes peuvent être reliées à l’occupation chrétienne du site ?

Quelques exemples de tombes fouillées sur le site

 

 

 

La campagne 2016, malgré sa brièveté (six jours) a confirmé la faisabilité du projet, la conservation remarquable des restes osseux et la densité très importante des inhumations. Ces travaux ont suscité un grand intérêt de la part de l’IAA et des archéologues israéliens, ainsi que des communautés et institutions locales à Atlit et Haïfa. Comme en 2015, Y. Gleize a donné le 22 juin 2016 une conférence à l’Institut français de Haïfa sur “Le cimetière franc d’Atlit : bilan des fouilles 2015 et premières données de la campagne 2016”.

Une fenêtre d’opportunité est aujourd’hui ouverte avec Atlit pour conduire une étude ambitieuse d’archéologie funéraire en Israël – domaine d’investigation resté très limité dans un pays où de forts tabous religieux entourent généralement les tombes. Ajoutons qu’en 2018, se tiendra à l’Université de Haïfa le colloque international “The Latin East in the 13th Century”, en lien avec le huitième centenaire de la construction du château d’Atlit. Il est d’autant plus regrettable que la mission “Cimetière des croisés d’Atlit” n’ait pas été retenue, pour la troisième année consécutive, par la Commission consultative des recherches archéologiques du MAEDI.